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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 08:00

En ce jeudi 20 mars, oublions les nuages et la pollution, les particules fines et les voitures diesel, les gaz d'échappement et les difficultés respiratoires, pour humer cet air doux et parfumé que répand le printemps dans son sillage ! Que ce soit à Paris ou en province, les fleurs sont partout, en bouquets colorés au mileu des habitations ou en taches gaies dans la verdure ... Les bourgeons pointent, les feuilles poussent, les manches raccourcissent tandis les jours rallongent et nos pieds frétillent en attendant de partir en promenade pour voir cette métamorphose.

 

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Pour faire tous les coeurs contents
Avril revient. C'est le printemps
Qui pleure, qui rit et barbotte,
Et qui, chargé de falbalas,
Nous offre ses premiers lilas
"Fleurissez-vous ! deux sous la botte !"

Albert Mérat (extrait de Fleurs de Paris)

 

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L'air était pur, la nuit régnait sans voiles ;
Elle riait du dépit de l'amour :
Il aime l'ombre, et le feu des étoiles,
En scintillant, formait un nouveau jour.

Tout s'y trompait. L'oiseau, dans le bocage,
Prenait minuit pour l'heure des concerts ;
Et les zéphyrs, surpris de ce ramage,
Plus mollement le portaient dans les airs.

Tandis qu'aux champs quelques jeunes abeilles
Volaient encore en tourbillons légers,
Le printemps en silence épanchait ses corbeilles
Et de ses doux présents embaumait nos vergers.

Ô ma mère ! On eût dit qu'une fête aux campagnes,
Dans cette belle nuit, se célébrait tout bas ;
On eût dit que de loin mes plus chères compagnes
Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.

J'écoutais, j'entendais couler, parmi les roses,
Le ruisseau qui, baignant leurs couronnes écloses,
Oppose un voile humide aux brûlantes chaleurs ;
Et moi, cherchant le frais sur la mousse et les fleurs,

Je m'endormis. Ne grondez pas, ma mère ...

Marceline DESBORDES-VALMORE : Les roses (extrait)

 

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Les désespoirs sont morts, et mortes les douleurs.
L'espérance a tissé la robe de la terre ;
Et ses vieux flancs féconds, travaillés d'un mystère,
Vont s'entr'ouvrir encor d'une extase de fleurs. [...]

Les ciels nus du matin frissonnent de pudeur ;
L'émeute verte éclate aux ramures vivaces ;
Et la vie éternelle arrivant des espaces
En ruisseaux de parfums coule à travers le coeur.

Voici que le printemps s'avance sous les branches,
Nu, candide et mouillé dans un jeune soleil ;
Et les cloches tintant parmi l'azur vermeil
Versent une allégresse au coeur des maisons blanches.

Albert Samain - Printemps (extraits)

 

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            Fleurs d'aurore

Comme au printemps de l'autre année,
Au mois des fleurs, après les froids,
Par quelque belle matinée,
Nous irons encore sous bois.

Nous y verrons les mêmes choses,
Le même glorieux réveil,
Et les mêmes métamorphoses
De tout ce qui vit au soleil.

Nous y verrons les grands squelettes
Des arbres gris, ressusciter,
Et les yeux clos des violettes
À la lumière palpiter.

Sous le clair feuillage vert tendre,
Les tourterelles des buissons,
Ce jour-là, nous feront entendre
Leurs lentes et molles chansons.

Ensemble nous irons encore
Cueillir dans les prés, au matin,
De ces bouquets couleur d'aurore
Qui fleurent la rose et le thym.

Nous y boirons l'odeur subtile,
Les capiteux aromes blonds
Que, dans l'air tiède et pur, distille
La flore chaude des vallons.

Radieux, secouant le givre
Et les frimas de l'an dernier,
Nos chers espoirs pourront revivre
Au bon vieux soleil printanier.

En attendant que tout renaisse,
Que tout aime et revive un jour,
Laisse nos rêves, ô jeunesse,
S'envoler vers tes bois d'amour !

Chère idylle, tes primevères
Éclosent en toute saison ;
Elles narguent les froids sévères
Et percent la neige à foison.

Éternel renouveau, tes sèves
Montent même aux coeurs refroidis,
Et tes capiteuses fleurs brèves
Nous grisent comme au temps jadis.

Oh ! oui, nous cueillerons encore,
Aussi frais qu'à l'autre matin,
Ces beaux bouquets couleur d'aurore
Qui fleurent la rose et le thym.

Nérée BEAUCHEMIN

 

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La brise émeut les rameaux bruns,
L'aube déjà blanchit le store ;
Tout devient rose, c'est l'aurore !
Le palais s'emplit de parfums.

L'air du ciel mêle le ramage
Des fontaines et des oiseaux ;
Les fleurs de la terre et des eaux
Offrent au printemps leur hommage ...

Ô feuilles des saules tremblants,
Vous êtes de l'or fin ! Vous êtes
Une neige chère aux poètes,
Ô fleurs dont les poiriers sont blancs.

Emile Blémont

 

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Perce Neige (extrait)

Radieuses apothéoses
Du soleil d'or et du ciel bleu,
Fraîche gloire des printemps roses,
Pourquoi donc durez-vous si peu ?

Pourquoi donc êtes-vous si brèves,
Aubes de l'enfance ? Beaux jours,
Si pleins d'aromes et de sèves,
Pourquoi donc êtes-vous si courts ? [...]

Ô fleurs, vous n'êtes pas finies !
Les plus tristes de nos saisons
Auront encor des harmonies
Et des regains de floraisons.

La mortelle saison du givre
N'a pas tué toutes nos fleurs :
Nous pourrons encore revivre
Le passé, dans des jours meilleurs.

Nérée Beauchemin

 

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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 08:00

Février, es-tu là ? On en douterait presque en l'absence des frimas redoutés de l'hiver. Alors, puisqu'il n'est pas possible de faire des bonhommes de neige, des glissades en luge, des promenades dans des paysages immaculés, il nous reste le festin de crêpes, ou plus festif, les déguisements du carnaval. Vours pouvez aussi profiter des jours qui rallongent pour entretenir un peu votre jardin. Sinon il vous reste à découvrir les petites poésies choisies, ainsi que les illustrations d'Eugène Grasset et Pieter Casteels qui ont tenu, à leur manière, à mettre chaque mois à l'honneur. Et attention, le froid n'a peut-être pas dit son dernier mot !

 

http://2.bp.blogspot.com/_mwh6aPsQM3Y/TNqVYhcWdgI/AAAAAAAAIxM/tYABpvrmZto/s640/Grasset%252BCalendrier%252BLa%252BBelle%252BJardini%25C3%25A8re%252BF%25C3%25A9vrier%252B1896%255B1%255D.jpg

 

  Février

Aux pans du ciel l'hiver drape un nouveau décor ;
Au firmament l'azur de tons roses s'allume ;
Sur nos trottoirs un vent plus doux enfle la plume
Des petits moineaux gris qu'on y retrouve encor.

Maint coup sec retentit dans la forêt qui dort ;
Et, dans les ravins creux qui s'emplissent de brume,
Aux franges du brouillard malsain qui nous enrhume
L'Orient plus vermeil met une épingle d'or.

Folâtre, et secouant sa clochette argentine,
Le bruyant Carnaval fait sonner sa bottine
Sur le plancher rustique ou le tapis soyeux ;

Le spleen chassé s'en va chercher d'autres victimes ;
La gaîté vient s'asseoir à nos cercles intimes...
C'est le mois le plus court : passons-le plus joyeux

Louis-Honoré FRÉCHETTE   (1839-1908)

 

http://www.repro-tableaux.com/kunst/afterpieter_casteels/february_from_twelve_months_of.jpg

 

Apparemment, la Nature est à l'oeuvre,
Les limaces sortent de leurs repaires.
Les abeilles bourdonnent,
Les oiseaux volettent
Et l'hiver qui sommeille
En plein air
Porte sur le visage
Un rêve de printemps

S.T. Coleridge

 

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Quelques dictons, pour finir :

Quoique court, février est le plus méchant de tous.
Pluie de février vaut jus de fumier.
La veille de la Chandeleur, l'hiver passe ou reprend vigueur.
Belle avoine de février donne espérance au grenier.
La neige qui tombe en février, la poule l'emporte avec le pied.

  Source : Le Journal retrouvé d'Edith Holden

 

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 21:33

Avril est un farceur : suspendu au fil de ses poissons, il balance entre hiver et printemps, entre ondées et éclaircies, entre froidure et douceur. Avril est l'indécis qui joue à cache-cache derrière les nuages : "Coucou, coucou", lance-t-il en jetant des poignées de fleurs blanches entre deux arcs-en-ciel. On le sait bien : avec avril, la méfiance est de rigueur ! Alors comme la belle jardinière d'Eugène Grasset, profitons des timides avancées du printemps pour faire quelques beaux bouquets et écoutons les chants des oiseaux qui, joyeux malgré la pluie, nous invitent à leurs concerts ... 

 

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Fuyez, nuages, giboulées,
Grêle, brouillards, âpres gelées,
Vent boréal !
Fuyez ! La nature t'implore,
Tardive et languissante aurore
De floréal.

Avec un ciel bleu d'améthyste,
Avec le charme vague et triste
Des bois déserts,
Un rythme nouveau s'harmonise.
Doux rossignol, ta plainte exquise
Charme les airs !

Parfois, de sa voix la plus claire,
L'oiseau, dont le chant s'accélère,
Égrène un tril :
Dans ce vif éclat d'allégresse,
C'est vous qu'il rappelle et qu'il presse,
Beaux jours d'avril.

Déjà collines et vallées
Ont vu se fondre aux soleillées
Neige et glaçons ;
Et, quand midi flambe, il s'élève
Des senteurs de gomme et de sève
Dans les buissons.

 

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Quel souffle a mis ces teintes douces
Aux pointes des frileuses pousses ?
Quel sylphe peint
De ce charmant vert véronèse
Les jeunes bourgeons du mélèze
Et du sapin ?

Sous les haleines réchauffées
Qui nous apportent ces bouffées
D'air moite et doux,
Il nous semble que tout renaisse.
On sent comme un flot de jeunesse
Couler en nous.

Tout était mort dans les futaies ;
Voici, tout à coup, plein les haies,
Plein les sillons,
Du soleil, des oiseaux, des brises,
Plein le ciel, plein les forêts grises,
Plein les vallons.

Ce n'est plus une voix timide
Qui prélude dans l'air humide,
Sous les taillis ;
C'est une aubade universelle ;
On dirait que l'azur ruisselle
De gazouillis.

 

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Nérée Beauchemin : L'avril boréal (extrait)

 

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 23:55

Printemps ! En voilà un mot évocateur : il fait miroiter à nos yeux un feu d'artifice de couleurs, une explosion de vie, un bouquet de  parfums. Difficile d'imaginer l'arrivée du renouveau pour ceux qui, ces derniers jours, avaient les pieds dans la neige et la tête dans les nuages. Cependant si ce recommencement, ce bouleversement, n'est pas flagrant pour tous, il est impossible de ne pas remarquer le pétillement de la nature, la multiplication des fleurs blanches et roses dans le paysage et cette douceur qui, peu à peu, comme les minutes d'ensoleillement, gagne du terrain. Mais une chose est sûre : le sursaut désespéré de l'hiver, avec son bonnet de congères, son écharpe de givre, ses doigts de glace et sa traîne neigeuse, ne résistera pas au sourire du printemps. Laissez-vous gagner par le rayonnement des toiles ci-dessous et le verbe fleuri de poètes inspirés ...

 

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  La Dame de Printemps (extrait)

Ses longs cheveux d’aurore ogivant son front lisse,
La Dame du Printemps, en un songe éternel,
Au bord du lac où sonnent les cors d’Avenel
Mire les fleurs de sa robe de haute lisse.

Parmi l’Avril épars, et les tièdes délices,
Limpide, elle sourit à l’azur fraternel.
Ses yeux ont la couleur du lac originel,
Et son corps se balance au rythme des calices.

          Albert SAMAIN

         http://4.bp.blogspot.com/-gTyx2uVq-GA/TfNToBkYc9I/AAAAAAAACpY/IEsvftwOgGo/s1600/George+Henry+Boughton+%253A+A+Spring+Idyll+-+via+Art+Blog.jpg

 

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Journée de Printemps

Ici, le rocher, l'arbre et l'eau
Font pour mon oeil ce qu'il convoite.
Tout ce qui luit, tremble ou miroite,
Forme un miraculeux tableau.

Sur le murmure qui se ouate
Le rossignol file un solo :
L'écorce blanche du bouleau
Met du mystique dans l'air moite.

A la fois légère et touffue
La lumière danse à ma vue
Derrière l'écran du zéphyr ;

Je m'attarde, et le soir achève
Avec de l'ombre et du soupir
La félicité de mon rêve.

Maurice ROLLINAT (1846-1903)

 

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       Le Coeur

Mon coeur tendu de lierre odorant et de treilles,
Vous êtes un jardin où les quatre saisons
Tenant du buis nouveau, des grappes de groseilles
Et des pommes de pin, dansent sur le gazon...
- Sous les poiriers noueux couverts de feuilles vives
Vous êtes le coteau qui regarde la mer,
Ivre d'ouïr chanter, quand le matin arrive,
La cigale collée au brin de menthe amer.
- Vous êtes un vallon escarpé ; la nature
Tapisse votre espace et votre profondeur
De mousse délicate et de fraîche verdure.
- Vous êtes dans votre humble et pastorale odeur
Le verger fleurissant et le gai pâturage
Où les joyeux troupeaux et les pigeons dolents
Broutent le chèvrefeuille ou lissent leur plumage.
- Et vous êtes aussi, coeur grave et violent,
La chaude, spacieuse et prudente demeure
Pleine de vins, de miel, de farine et de riz,
Ouverte au bon parfum des saisons et des heures,
Où la tendresse humaine habite et se nourrit...

         Anna de NOAILLES

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 Que ma joie demeure (extrait)

On approchait de la forêt. Les feuilles n'étaient pas encore dépliées. La forêt ne parlait pas. Les bourgeons de la lisière qui étaient de clairs bourgeons de fayards et d'aulnes à profusion faisaient devant la route une barrière phosphorescente. La nuit était éclairée par les étoiles laiteuses et par la lueur des bourgeons. La forêt était toute en charpente, en piliers et en poutrelles. Les nuages passaient avec la petite pluie qui sifflait comme une couleuvre en s'enroulant dans les branches. Un moment, ils apportaient l'ombre opaque. Mais, dans tout ce qui n'était pas sous le nuage on pouvait voir l'échafaudage des arbres, la transparence des branches qui allaient, comme des poutres, de piliers en piliers sans porter de toiture et entre le feuillage desquelles continuait à trembler le ciel brasillant. Puis le nuage s'en allait. On voyait tout près de soi monter le tronc luisant d'un fayard, puis le corps d'un bouleau lisse et portant comme un pilier de marbre une frise de mousse à l'endroit où les branches venaient s'appuyer sur lui. De loin en loin, suivant le flagellement de la pluie qui vernissait des buissons d'aulnes aux bourgeons éclatants puis s'en allait pour les laisser à leurs lueurs, on voyait s'ouvrir des couloirs dans l'édifice de la forêt ; le souffle des lointaines clairières y bourdonnait et on apercevait là-bas loin, au fond des salles sonores, un petit osier blanc couronné de feuilles et qui dansait... D'un moment il n'y eut plus ni pluie, ni vent, et le calme chaud du printemps s'étendit. La forêt luisait. Elle était immobile de tous les côtés comme un bloc de pierre noire avec des paillettes de quartz. Les lueurs allongeaient des avenues où ne pouvaient passer que des rêves et qui s'enfonçaient sous les arbres ou montaient vers le ciel.

 

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... La forêt était déjà en pleine joie magique. Elle avait commencé sa fête nocturne de printemps... Un aulne avait ouvert brusquement ses bourgeons et déplié ses feuilles, et, de noir, il était devenu neigeux et frissonnant... Un érable venait de fendre ses bourgeons à fleurs. Il était allumé d'une lumière mate comme un arbre de farine. Chaque fois qu'il ouvrait un bourgeon, un petit éclair sautait tout luisant et l'odeur de sucre coulait. Des érables s'allumaient dans toutes les salles de la forêt. A la lueur des bourgeons ouverts on distinguait de nouvelles salles, de nouveaux piliers, de nouveaux couloirs, de nouvelles charpentes de branches. Les saules dépliaient leurs feuilles bourgeons à bourgeons le long de leurs branches droites. Il n'y avait que la lueur des étoiles et la lueur des bourgeons. Mais, plus que toutes les autres, les feuilles neuves du saule sont lumineuses et autour de chaque bourgeon elles éclairaient l'écorce d'or de la branche. Ainsi autour des saules s'élargissait peu à peu un halo couleur de cuivre... Partout les bourgeons s'ouvraient ; tous les arbres allumaient peu à peu des feuilles neuves. C'était comme la lueur de plusieurs lunes. Une lueur blanche pour les feuilles d'aulnes, les pétales d'érables, les feuilles de fayards, la mousse des peupliers ; une lueur mordorée pour les bouleaux dont le feuillage reflétait les troncs et se reflétait dans l'écorce ; une lueur de cuivre pour les saules ; une lueur rose pour les alisiers et un immense éclairage vert qui dominait tout, la lueur des feuillages sombres, les pins, les sapins et les cèdres.

Les odeurs coulaient toutes fraîches ; ça sentait le sucre, la prairie, la résine, la montagne, l'eau, la sève, le sirop de bouleau, la confiture de myrtille, la gelée de framboise où l'on a laissé des feuilles, l'infusion de tilleul, la menuiserie neuve, la poix de cordonnier, le drap neuf. Il y avait des odeurs qui marchaient et elles étaient si fortes que les feuilles pliaient sur leur passage. Et ainsi elles laissaient derrière elles de longs sillages d'ombres. Toutes les salles de la forêt, tous les couloirs, les piliers et les voûtes, silencieusement éclairés, attendaient. De tous les côtés on voyait les profondeurs magiques de la maison du monde. Le vent se fit attendre. Puis il vint. Et la forêt se mit à chanter pour la première fois de l'an. C'est le grand printemps ...

  Jean Giono (Que ma joie demeure, extraits)

 

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Le face à face

Toute droite, la violette,
Avec ses oreilles de faon,
Ecoute le chant triomphant
De la source qui la reflète.

Ah ! Quelle passion me pousse
A saisir ce gibier subtil,
Ce frais petit fauve d'avril,
Entre mon index et mon pouce ?

Je te hausserai vers la nue
Et je renverserai le front
Et face à face nous serons,
Moi le géant, toi la menue.

Si claire figure foncée,
Lueur montant du fond du noir,
Mon espoir et mon désespoir,
L'infini dans une pensée,

Fleur-enfant, très ancien sourire,
Eternel museau d'un instant,
Qu'avons-nous donc tous les printemps
De si pathétique à nous dire ?

Lucienne Desnoues

 

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  Ci-dessus peintures de Rahim Najfar (Artiste peintre installé à Bonnieux (84) 

 

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Soir de Printemps (extrait)

Premiers soirs de printemps : tendresse inavouée...
Aux tiédeurs de la brise écharpe dénouée...
Caresse aérienne... encens mystérieux...
Urne qu'une main d'ange incline au bord des cieux...
Oh ! Quel désir ainsi, troublant le fond des âmes,
Met ce pli de langueur à la hanche des femmes ?
Le couchant est d'or rose et la joie emplit l'air,
Et la ville, ce soir, chante comme la mer.
Du clair jardin d'avril la porte est entr'ouverte,
Aux arbres légers tremble une poussière verte.

Albert SAMAIN

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Enfance

Les persiennes ouvraient sur le grand jardin clair
Et, quand on se penchait pour se griser à l'air
Humide et pénétré de fraîcheurs matinales,
Un vertige inconnu montait à nos front pâles
Et nos cœur se gonflaient comme un ruisseau grossi,
Car c'était tout un vol de parfums adoucis
Dans l'éblouissement heureux de la lumière :
Les lilas avaient des langueurs particulières
Où se décomposait une odeur de terreau.
Tout le printemps chantait l'éveil des oiseaux
Et, dans le déploiement des ailes engourdies,
Passait le grand élan paisible de la vie.
Une rumeur sonore emplissait la maison.
On entendait des bruits d'insectes ; des frissons
Faisaient trembler les grappes mauves des glycines
Tandis qu'allégrement des collines voisines
Un parfum de sous-bois arrivait jusqu'à nous.
O matins lumineux ! matins dorés et flous,
Je vous respirerai plus tard à la croisée
Et vous aurez l'odeur des feuilles reposées.
Et ce sera comme un très ancien rendez-vous.

Francis CARCO

 

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Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons.
Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fièvre,
Ô chevrier, le son d'un pipeau sur la lèvre
Qu'accompagne un bruit frais de source entre les joncs.

A l'ombre du platane où nous nous allongeons
L'herbe est plus molle. Laisse, ami, l'errante chèvre,
Sourde aux chevrotements du chevreau qu'elle sèvre,
Escalader la roche et brouter les bourgeons. 

José-Maria de HEREDIA  - La flûte (extrait)

 

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L'immense herbe infinie est un fourmillement ;
Partout le mouvement sans relâche et sans trêve,
Dans ce qui pousse, croît, monte, descend, se lève,
Dans le nid, dans le chien harcelant les troupeaux,
Dans l'astre ; et la surface est le vaste repos ;
En dessous tout s'efforce, en dessus tout sommeille ;
On dirait que l'obscure immensité vermeille
Qui balance la mer pour bercer l'alcyon,
Et que nous appelons Vie et Création,
Charmante, fait semblant de dormir, et caresse
L'universel travail avec de la paresse.
Quel éblouissement pour l'oeil contemplateur !

Victor Hugo - A Vianden (extrait)

  Progression du printemps Charles Daniel Ward

 

Printemps Mystique

Sous la lune bleue aux caresses molles,
Par le clair obscur des bois épineux,
Le Printemps s'avance aux sons lumineux
Des flûtes mêlées aux voix des citholes.

Entre des fronts blancs nimbés d'auréoles
Et des yeux rieurs d'enfants curieux,
Il passe à pas lents et mystérieux,
Et sur ses pieds nus pleuvent des corolles.

Cresson argenté, violettes fines,
Primevères d'or, pales aubépines
Tombent sur ses pas en clairs encensoirs ;

Et par les ravins, l'odorante neige
Des pommiers, fumant dans l'ombre des soirs,
Illumine Avril et son doux cortège.

Jean LORRAIN  (1855-1906)

 

http://1.bp.blogspot.com/-0N1p-BZ2WL8/T3bWQ6AXLwI/AAAAAAAAFkk/I-DL5Uv8pmo/s1600/enneking-athaneum-1.jpg

 

http://3.bp.blogspot.com/-UZw_KVCN5kY/TeuRF_GXGJI/AAAAAAAACXE/aPvy7sDYPqc/s1600/dicksee28.jpg http://uploads1.wikipaintings.org/images/franz-xaver-winterhalter/spring.jpg

 

La Voix

Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée,
Parvient pourtant, distinctement, jusqu'à nous.

Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau
Elle ne parle que d'été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie,
Elle allume aux lèvres le sourire.

Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ?
Elle dit "La peine sera de courte durée".
Elle dit "La belle saison est proche."

Ne l'entendez-vous pas ?

   Robert Desnos

     http://i24.servimg.com/u/f24/11/14/87/14/98-00510.jpg

 

    http://iamachild.files.wordpress.com/2012/02/air-de-printemps-ii.jpg

 

http://ichef.bbci.co.uk/arts/yourpaintings/images/paintings/bam/large/gmii_bam_273_1915_large.jpg

 

Le temps qu'il fera

Bonjour le matin
me voilà dehors
et mon nez est aussi grand
que tout le parfum que tu as bourré
dans ton plein sac à vide
ma bouche elle pourrait être aussi une force

Bonjour le matin
ça va
ma chaussure fait du bruit
comme dans une cathédrale
j'ai une poitrine gourmande comme un entonnoir
et quelque chose dedans
qui tambourine à éclater

ça n'empêche pas que j'ai un oeil et une oreille
tournés ensemble sur le secret des fleurs et des ruisseaux

Et je sais
le journal a mis des titres de deuil
je sais
je sais oui monsieur l'ouvrier avec ta musette
qui va prendre le train
qu'il fera encore plus beau
demain

Jean l'Anselme

    http://uploads7.wikipaintings.org/images/erte/cloudy-morning.jpg!Blog.jpgJe vais à la fenêtre et le ciel ce matin N'est ni rose ni honnête pour la peine
" Est-ce que tout va si mal ? Est-ce que rien ne va bien ? ... (Stephen Eicher)

Mais si, tout ira bien désormais : c'est le printemps ! 

 

http://4.bp.blogspot.com/-AmFcUqjIhTM/TxW_ZKWYUVI/AAAAAAAAGqY/rbo0CbEn60g/s1600/John+William+Waterhouse+-+Maidens+picking+Flowers+by+a+Stream.jpg

 

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 11:00

Le mois d'avril s'achève, marqué par le renouveau de la nature et l'explosion de fleurs aux senteurs et aux couleurs enchanteresses ... Arbres fruitiers, pivoines, lilas, glycines, arbres de Judée, bourgeons divers et variés nous prouvent que le printemps est bien installé, nous éblouissant de ses verts, de ses roses, de ses parmes et de ses bleus. Et je laisse parler un de mes poètes favoris,  Emile Verhaeren (1855-1916), pour décrire ce sentiment de gratitude qui entreint au vu des splendeurs de la nature avec le poème "Autour de ma maison" ... 

 

FLEURS-9907.JPG

 

Pour vivre clair, ferme et juste,
Avec mon coeur, j'admire tout
Ce qui vibre, travaille et bout
Dans la tendresse humaine et sur la terre auguste.

 

P1090779.JPG

 

L'hiver s'en va et voici mars et puis avril
Et puis le prime été, joyeux et puéril.
Sur la glycine en fleurs que la rosée humecte,
Rouges, verts, bleus, jaunes, bistres, vermeils,
Les mille insectes
Bougent et butinent dans le soleil.
Oh la merveille de leurs ailes qui brillent
Et leur corps fin comme une aiguille
Et leurs pattes et leurs antennes
Et leur toilette quotidienne
Sur un brin d'herbe ou de roseau !
Sont-ils précis, sont-ils agiles !
Leur corselet d'émail fragile
Est plus changeant que les courants de l'eau ;
Grâce à mes yeux qui les reflètent
Je les sens vivre et pénétrer en moi
Un peu ;
Oh leurs émeutes et leurs jeux
Et leurs amours et leurs émois
Et leur bataille, autour des grappes violettes !
Mon coeur les suit dans leur essor vers la clarté,
Brins de splendeur, miettes de beauté,
Parcelles d'or et poussière de vie !
J'écarte d'eux l'embûche inassouvie :
La glu, la boue et la poursuite des oiseaux
Pendant des jours entiers, je défends leurs travaux ;
Mon art s'éprend de leurs oeuvres parfaites ;
Je contemple les riens dont leur maison est faite
Leur geste utile et net, leur vol chercheur et sûr,
Leur voyage dans la lumière ample et sans voile
Et quand ils sont perdus quelque part, dans l'azur,
Je crois qu'ils sont partis se mêler aux étoiles.

 

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Mais voici l'ombre et le soleil sur le jardin
Et des guêpes vibrant là-bas, dans la lumière ;
Voici les longs et clairs et sinueux chemins
Bordés de lourds pavots et de roses trémières ;
Aujourd'hui même, à l'heure où l'été blond s'épand
Sur les gazons lustrés et les collines fauves,
Chaque pétale est comme une paupière mauve
Que la clarté pénètre et réchauffe en tremblant.
Les moins fiers des pistils, les plus humbles des feuilles
Sont d'un dessin si pur, si ferme et si nerveux
Qu'en eux
Tout se précipite et tout accueille
L'hommage clair et amoureux des yeux.

 

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L'heure des juillets roux s'est à son tour enfuie,
Et maintenant
Voici le soleil calme avec la douce pluie
Qui, mollement,
Sans lacérer les fleurs admirables, les touchent ;
Comme eux, sans les cueillir, approchons-en nos bouches
Et que notre coeur croie, en baisant leur beauté
Faite de tant de joie et de tant de mystère,
Baiser, avec ferveur, délice et volupté,
Les lèvres mêmes de la terre.

 

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Les insectes, les fleurs, les feuilles, les rameaux
Tressent leur vie enveloppante et minuscule
Dans mon village, autour des prés et des closeaux.
Ma petite maison est prise en leurs réseaux.
Souvent, l'après-midi, avant le crépuscule,
De fenêtre en fenêtre, au long du pignon droit,
Ils s'agitent et bruissent jusqu'à mon toit ;
Souvent aussi, quand l'astre aux Occidents recule,
J'entends si fort leur fièvre et leur émoi
Que je me sens vivre, avec mon coeur,
Comme au centre de leur ardeur.

 

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Alors les tendres fleurs et les insectes frêles
M'enveloppent comme un million d'ailes
Faites de vent, de pluie et de clarté.
Ma maison semble un nid doucement convoité
Par tout ce qui remue et vit dans la lumière.
J'admire immensément la nature plénière
Depuis l'arbuste nain jusqu'au géant soleil
Un pétale, un pistil, un grain de blé vermeil
Est pris, avec respect, entre mes doigts qui l'aiment ;
Je ne distingue plus le monde de moi-même,
Je suis l'ample feuillage et les rameaux flottants,
Je suis le sol dont je foule les cailloux pâles
Et l'herbe des fossés où soudain je m'affale
Ivre et fervent, hagard, heureux et sanglotant.

 

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 07:30

Comme il était prévu depuis longtemps, ce rendez-vous ! Pleins d'entrain, nous avions sorti la semaine dernière nos manches courtes et cru ranger définitivement nos manteaux ... mais il était trop tôt. Monsieur le Printemps, vexé de voir que nous ne l'avions pas attendu, se venge aujourd'hui en nous envoyant son avant-garde, les demoiselles giboulées. Froid, vent, humidité, averses, n'empêchent pas les arbres, les prés et les jardins, de se parer de fleurs odorantes et multicolores : magnolias, amandiers, ficaires, paquerettes, violettes, pissenlits ... nous assurent que le renouveau est bien là. Et si ce mardi, le printemps se cache dans ses voiles blancs ou gris, il finira bien, rayonnant, par s'installer ... alors patience !

 

http://WahooArt.com/A55A04/w.nsf/OPRA/BRUE-8LT9DY/$File/THOMAS-WILMER-DEWING-SPRING.JPG

 

     Le doux printemps revient... (Extrait)

Le doux printemps revient, et ranime à la fois
Les oiseaux, les zéphirs, et les fleurs, et ma voix.
Pour quel sujet nouveau dois-je monter ma lyre ?
Ah ! Lorsque d'un long deuil la terre enfin respire,
Dans les champs, dans les bois, sur les monts d'alentour,
Quand tout rit de bonheur, d'espérance et d'amour ...
Je dirai comment l'art, dans de frais paysages,
Dirige l'eau, les fleurs, les gazons, les ombrages.

            Jacques DELILLE   (1738-1813)

 

http://WahooArt.com/A55A04/w.nsf/OPRA/BRUE-8LT7CT/$File/SIR-JOHN-LAVERY-SPRING.JPG

 

     Printemps (Extrait)

Et puis, c'est oublié.
Ai-je pensé, vraiment, ces choses-là ?
Bon soleil, te voilà
Sur les bourgeons poisseux qui vont se déplier.

Le miracle est partout.
Le miracle est en moi qui ne me souviens plus.
Il fait clair, il fait gai sur les bourgeons velus ;
Il fait beau - voilà tout.

Je m'étire, j'étends mes bras au bon soleil
Pour qu'il les dore comme avant, qu'ils soient pareils
Aux premiers abricots dans les feuilles de juin.

L'herbe ondule au fil du chemin
Sous le galop du vent qui rit.
Les pâquerettes ont fleuri.

Je viens, je viens ! Mes pieds dansent tout seuls
Comme les pieds du vent rieur,
Comme ceux des moineaux sur les doigts du tilleul.

(Tant de gris au-dehors, de gris intérieur,
De pluie et de brouillard, était-ce donc hier ?)

Ne me rappelez rien. Le ciel est si léger !
Vous ne saurez jamais tout le bonheur que j'ai
A sentir la fraîcheur légère de cet air ...

       Sabine SICAUD   (1913-1928)

 

http://WahooArt.com/A55A04/w.nsf/OPRA/BRUE-8LHVGY/$File/GEORGE-HITCHCOCK-SPRING-CROCUS-FIELDS.JPG

  http://WahooArt.com/A55A04/w.nsf/OPRA/BRUE-8DP47X/$File/CARL-LARSSON-SPRING.JPG

 

          Le Printemps  (Extrait)

Voici le Printemps, la saison des roses.
Plus de rameaux nus, de gazons jaunis ;
Plus de froids matins ni de soirs moroses
Voici le Printemps et ses jours bénis.

Voici le Printemps : aux fleurs demi-closes
La brise qui vient des bois rajeunis
Murmure tout bas de divines choses...
Voici le Printemps, la saison des nids.

   Louis-Honoré FRÉCHETTE   (1839-1908)

 

http://WahooArt.com/A55A04/w.nsf/OPRA/BRUE-8EWR9F/$File/RENE-MAGRITTE-SPRING-1.JPG

 

                       Printemps

Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !
Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,
Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !
Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
Se courbent mollement comme de grandes palmes ;
L'oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;
Il semble que tout rit, et que les arbres verts
Sont joyeux d'être ensemble et se disent des vers.
Le jour naît couronné d'une aube fraîche et tendre ;
Le soir est plein d'amour ; la nuit, on croit entendre,
A travers l'ombre immense et sous le ciel béni,
Quelque chose d'heureux chanter dans l'infini.

                Victor HUGO   (1802-1885)

 

http://WahooArt.com/A55A04/w.nsf/OPRA/BRUE-8BWRZX/$File/JAMES-JACQUES-JOSEPH-TISSOT-SPRING.JPG

 

Prière au printemps (Extrait)

Toi qui fleuris ce que tu touches,
Qui, dans les bois, aux vieilles souches
Rends la vigueur,
Le sourire à toutes les bouches,
La vie au coeur ...

René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907)

 

http://WahooArt.com/A55A04/w.nsf/OPRA/BRUE-8EWRET/$File/SIR-LAWRENCE-ALMA-TADEMA-SPRING-FLOWERS.JPG

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 14:00

Mars ! Rien que de prononcer ce mot, on ne se sent plus en hiver, ou presque. La preuve : cela fait plusieurs jours que je ne mets plus de chauffage, les bons rayons du soleil se chargent de chauffer et d'illuminer mon intérieur. Et puis, j'ai aperçu les premiers amandiers en fleurs, et mes premières jonquilles, ce ne sont pas des indices, ça ? Sans parler des oiseaux qui s'en donnent à coeur joie, et me rendent toute gaie le matin, quand mal réveillée, je les entends chanter : eux, ils savent bien, que le printemps est en route ! Alors j'ai eu envie d'ouvrir les pages du carnet champêtre 1905 d'Edith Holden où cette anglaise passionnée de nature, livre ses observations de la faune de la flore, au fil des saisons, par de fort belles aquarelles : fleurs, plantes, oiseaux, papillons et paysages sont ainsi représentés avec charme et sensibilité, agrémentés de ses descriptions ou de poèmes appropriés, dont je vous livre ci-dessous l'aperçu. En attendant que vous les aperceviez près de chez vous ...

        http://s010.radikal.ru/i314/1105/f7/0846df8cf4f2.jpg

 

Te revoilà, meurtrier de l'hiver ?
Bienvenue à toi qui ramènes les nuits estivales !
Le vent âpre n'annihilera point ta victoire
Et nul ne se rira de la pâleur de ton ciel.
Bienvenue, ô mars ! dont les jours doux et secs
Prépareront avril au chant de la grive.
Toi, premier redresseur des torts de l'hiver.

W.M. Morris

 

http://marielesbasbleus.blogs.marieclaireidees.com/media/00/02/827903720.jpg   

Chaque minute frémit d'aise ;
C'est le réveil de la saison.
le rouge-gorge du mélèze
Chante au seuil de notre maison.

Le bonheur dans les airs s'y épanche ;
Partout il ruisselle à travers
Le mont nu, l'arbre nu, la branche,
Et l'herbe jeune des prés verts.

    Wordsworth

 http://pics.livejournal.com/bymuravka/pic/0023h6ex

 

Quand le mélèze se couvre de houpettes rosées
Et que la grive haut perchée siffle à coeur joie,
Ou que sous le buisson dénudé
Passe en flèche l'oiseau de mars, bleu comme la mer ...
                   Tennyson

 

Holden-Edith-Le-Journal-Retrouve-Livre-845203244_ML-1-.jpg

numerisation0013.jpg

    Source : Le journal retrouvé d'Edith Holden (France Loisirs)

 

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 10:00

S'en aller faire trois pas sur les petites routes perdues du Gers ... Laisser son regard voguer sur les vagues vertes et brunes de la terre, où le puits émerge comme une minuscule île ... Savourer la sérénité de cet océan moelleux qui épouse l'horizon ...

 

Velours-vert-02.jpg 

         

La terre soufrée et vert tendre s'en allait à l'infini portant dans sa houle des arbres de guingois et des buissons légers et transparents comme de l'écume ... Le vent languissait mais, sur ces espaces libres, avait la voix de la mer, même dans ses plus légers soupirs.

Jean Giono (1895-1970) "Le hussard sur le toit"

       

 Velours-vert-01.jpg

 

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 08:00

Aujourd'hui, c'est l'hiver et donc la "légitimité" du froid, de la grisaille, de la brume et de la pluie, de la neige et des frimas. Que c'est agréable alors de rester au chaud à l'intérieur, bien à l'abri et douillettement installé sur son fauteuil ou son canapé, devant un bon feu de cheminée, ou sous sa couette. Si donc vous êtes en vacances, comme moi, profitez de ce bien-être et de cette paix, sans affronter le vent et la cohue des magasins. Et Théophile Gautier décrit si bien ce farniente là !

 

 

Au coin du feu

Que la pluie à déluge au long des toits ruisselle !
Que l’orme du chemin penche, craque et chancelle
Au gré du tourbillon dont il reçoit le choc !
Que du haut des glaciers l’avalanche s’écroule !
Que le torrent aboie au fond du gouffre, et roule
Avec ses flots fangeux de lourds quartiers de roc !

Qu’il gèle ! et qu’à grand bruit, sans relâche, la grêle
De grains rebondissants fouette la vitre frêle !
Que la bise d’hiver se fatigue à gémir !
Qu’importe ? n’ai-je pas un feu clair dans mon âtre,
Sur mes genoux un chat qui se joue et folâtre,
Un livre pour veiller, un fauteuil pour dormir ?

Théophile Gautier

 

     

 

Frisson

Un brouillard épais noie
L'horizon où tournoie
Un nuage blafard,
Et le soleil s'efface,
Pâle comme la face
D'une vieille sans fard.


La haute cheminée,
Sombre et chaperonnée
D'un tourbillon fumeux,
Comme un mât de navire,
De sa pointe déchire
Le bord du ciel brumeux.


Sur un ton monotone
La bise hurle et tonne
Dans le corridor noir :
C'est l'hiver, c'est décembre,
Il faut garder la chambre
Du matin jusqu'au soir.


Les fleurs de la gelée
Sur la vitre étoilée
Courent en rameaux blancs,
Et mon chat qui grelotte,
Se ramasse en pelote
Près des tisons croulants ...


Théophile Gautier (Premières poésies - Extrait)

 

     

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 23:05

Ce soir, ciel magique au dessus de Carcassonne : les nuages flottant en volutes grises ressemblent à des champignons enchantés, à des insectes bizarres fuyant l'incendie ou des plantes célestes qui voguent et fondent sous l'embrasement du firmament ... Mais mieux vaut céder la place à l'ami Victor qui saura, mieux que moi, décrire le mirage envoutant du soleil couchant dans les nues.

 

Coucher-soleil-1.jpg

 

Coucher-soleil-3.jpg

 

 SOLEILS COUCHANTS

J’aime les soirs sereins et beaux, j’aime les soirs,
 Soit qu’ils dorent le front des antiques manoirs
             Ensevelis dans les feuillages ;
 Soit que la brume au loin s’allonge en bancs de feu ;
 Soit que mille rayons brisent dans un ciel bleu
             À des archipels de nuages.
 
Oh ! regardez le ciel ! cent nuages mouvants,
 Amoncelés là-haut sous le souffle des vents,
             Groupent leurs formes inconnues ;
 Sous leurs flots par moments flamboie un pâle éclair,
 Comme si tout à coup quelque géant de l’air
             Tirait son glaive dans les nues.
 
Le soleil, à travers leurs ombres, brille encor ;
 Tantôt fait, à l’égal des larges dômes d’or,
             Luire le toit d’une chaumière ;
 Ou dispute aux brouillards les vagues horizons ;
 Ou découpe, en tombant sur les sombres gazons,
             Comme de grands lacs de lumière.
 
Puis voilà qu’on croit voir, dans le ciel balayé,
 Pendre un grand crocodile au dos large et rayé,
             Aux trois rangs de dents acérées ;
 Sous son ventre plombé glisse un rayon du soir ;
Cent nuages ardents luisent sous son flanc noir
             Comme des écailles dorées.
 
Puis se dresse un palais ; puis l’air tremble, et tout fuit.
 L’édifice effrayant des nuages détruit
             S’écroule en ruines pressées ;
 Il jonche au loin le ciel, et ses cônes vermeils
 Pendent, la pointe en bas, sur nos têtes, pareils
             À des montagnes renversées.
 
Ces nuages de plomb, d’or, de cuivre, de fer,
 Où l’ouragan, la trombe, et la foudre, et l’enfer
             Dorment avec de sourds murmures,
 C’est Dieu qui les suspend en foule aux cieux profonds,
 Comme un guerrier qui pend aux poutres des plafonds
             Ses retentissantes armures !
 
Tout s’en va ! Le soleil, d’en haut précipité,
 Comme un globe d’airain qui, rouge, est rejeté
             Dans les fournaises remuées,
 En tombant sur leurs flots que son choc désunit,
 Fait en flocons de feu jaillir jusqu’au zénith
             L’ardente écume des nuées !
 
Oh ! contemplez le ciel ! et dès qu’a fui le jour,
 En tout temps, en tout lieu, d’un ineffable amour,
             Regardez à travers ses voiles ;
 Un mystère est au fond de leur grave beauté,
 L’hiver, quand ils sont noirs comme un linceul, l’été,
             Quand la nuit les brode d’étoiles.

 

    Victor Hugo - 1829          

 

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  Coucher-soleil-2.jpg

 

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Vous pouvez retrouver la référence de chaque oeuvre, nom de l'artiste et titre de la toile ou de l'illustration, en pointant la souris sur la peinture ou l'image. Si vous en êtes propriétaire et ne souhaitez pas qu'elle figure dans ce blog, vous pouvez me le signaler par message sur contact (dans la rubrique présentation juste ci-dessus). Elle sera aussitôt enlevée. Les photos sans référence sont prises par Clairedelune, ou plus rarement, leurs auteurs n'ont pas été trouvés.

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