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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 08:00

Même si ce n'est pas flagrant dans toute la France, la saison printanière est inaugurée aujourd'hui ! J'en ai déjà été éblouie avant l'heure vendredi en découvrant lors d'une balade la diversité extraordinaire des fleurs sauvages présentes dans l'Aude  : iris violets, jaunes et blancs, orchidées, violettes, amandiers, jonquilles, muscaris, coucous, narcisses, asphodèles, genêts parfumés et même crocus.

Et ce sont les mots de Giono que je vous offre pour saluer ce renouveau, cet enchantement, cette émotion qui m'étreint chaque fois devant la beauté des paysages et de la nature : un voyage en direction de la Provence, illustré par les toiles d'Yves Brayer, Van Gogh, Willy Eisenschitz, Pascal Giroud, Charles Camoin, Othon Coubine, Rosemary Millette et Michèle Ulmann, tous amoureux de ce coin de terre et dont plusieurs étaient connus et appréciés de Giono.

Regardez, respirez : c'est le printemps !

 

Peinture de Yves Brayer

Peinture de Yves Brayer

Le printemps réserve ses gloires pour les pays du Nord : les arbres à feuilles caduques sont prêts à s'enflammer à la première tiédeur ; avril couvre de crème les vergers et les haies. Dans le Sud, c'est une saison furtive : les pins, les oliviers, les yeuses, les cystes, les térébinthes, les arbousiers restent impassibles. Parfois, un amandier précoce fleurit. C'est une tragédie. Il souffle sa petite écume blanche au milieu des feuillages persistants, noirs de pluie. Au dessus de lui, le ciel roule ses orages, le froid l'écrase toutes les nuits. Peu à peu il s'éteint. Un autre s'allume un peu plus loin, pour s'éteindre aussi. Le ciel de plus en plus sombre gronde ; le vent le déchire. La lumière vole en éclats. On assiste au conflit des passions, le coeur serré. "il pleut, il pleut bergère, rentre tes blancs moutons;" C'est un vrai printemps, c'est une révolution. Tout se détruit pour se reconstruire.

Provence en février, Peinture de Yves Brayer

Provence en février, Peinture de Yves Brayer

Plus tard, marchant le long des crêtes des collines, on voit dans les vallons suinter un sang vermeil. Ce sont les saules qui ont déjà développé leurs branches neuves dont l'écorce est rouge. Aussi loin que le regard se porte, on n'aperçoit pas la plus petite tache de vert. L'olivier, l'yeuse ont des feuillages bleus ; les aiguilles de pins, à la fin de l'hiver, sont noires ; on ne distingue pas le thym fleuri des plaques de grêle.

Saules têtards au soleil couchant - Arles 1888, Peinture de Vincent Van Gogh

Saules têtards au soleil couchant - Arles 1888, Peinture de Vincent Van Gogh

C'est l'instant où, enfin, en Haute-Provence, le printemps s'annonce par un spectacle qui, partout ailleurs, serait celui du gros de l'hiver. Jusqu'à présent, les bois-taillis de chênes qui couvrent le pays avaient gardé leur toison de feuilles mortes.La feuille du chêne ne tombe que poussée par le bourgeon de la feuille nouvelle. Brusquement, les bois ont été dépouillés de cette laine roussie. Des vols de feuilles épais comme des nuages, et portant de l'ombre comme eux, ont été soulevés par le vent et jetés dans la mer par-dessus les montagnes du Var ; les bois sont nus maintenant, on en voit toute l'architecture.

Paysage de Saint-Rémy, Peinture de Vincent Van Gogh

Paysage de Saint-Rémy, Peinture de Vincent Van Gogh

J'ai beaucoup appris, et notamment que, même dans un printemps dont l'éclosion passe inaperçue, il est vain de vouloir guetter la naissance d'une feuille, comme il est vain de vouloir suivre du regard le reflet d'une vague dans la houle irisée, tant il se passe de choses à la fois, qui toutes s'emparent de la curiosité, l'emportent, l'éblouissent de spectacles divers.

Paysage de Provence, Peinture de Willy Eisenschitz

Paysage de Provence, Peinture de Willy Eisenschitz

Du bourgeon de chêne qui n'apparaissait même pas à l'asphodèle déjà fleurie, de l'asphodèle aux saules qui, débarrassés de leur écorce rouge, se doraient de jour en jour, du saule au peuplier tremble avec son miroir à alouettes tout neuf, du tremble à l'aulne, de l'aulne au cognassier, du cognassier aux narcisses, des narcisses à la sarriette, pour revenir aux chênes, toujours rébarbatifs et noirs, mes pas me portaient jusqu'à une très douce colline, du haut de laquelle je pouvais apercevoir le cours sinueux de trois ou quatre vallons qui allaient s'embrancher finalement là-bas dans la vallée de la Durance.

La Durance, Peinture de Pascal GIROUD

La Durance, Peinture de Pascal GIROUD

La Durance dévalise les Alpes depuis des siècles au profit de sa vallée. Elle a semé sur ses bords tous les arbres souples arrachés aux montagnes. Elle s'est fait une escorte et une haie d'honneur, des peupliers de toutes sortes, des bouleaux de toutes les couleurs, des osiers depuis le plus blanc jusqu'au plus noir. Elle a gonflé de son eau fraîche tous ces bois spongieux, et la chaleur de la Méditerranée en fait bouillir les feuillages exubérants où le vert, le gris et le bleu, délavés, s'unissent dans un iris que la moindre lumière démesure.

Paysage provençal, Peinture de Charles Camoin

Paysage provençal, Peinture de Charles Camoin

Du creux des vallons émerge la frondaison d'arabesque des bosquets de sycomores et sa petite écume vert-de-gris ; le creux lui-même charrie l'épais ruisseau des végétations véhémentes : les tilleuls qui sont encore loin de leur fleur, mais distillent déjà une sueur sucrée, les érables que le moindre vent fait clapoter comme de l'eau, les hêtres pourpres, les clématites échevelées, les obiers boules de neige, les amélanchiers à feuillage fantôme, les vergnes dont l'or éblouit, les charmes de Virginie, les alisiers des oiseaux, les ormeaux, les noisetiers, les sureaux, et enfin, le roi des gueux : l'acacia, dont le fruit est appelé "coeur de Saint-Thomas" et dont la fleur a le parfum des péchés capitaux.

Le ciel roule toujours des nuages épais, mais la lumière les transperce, de longs rayons de soleil descendent mélanger les couleurs et fouler les parfums. Sur les terrasses des collines, les oliviers bleuissent, un vert d'opale s'agite à la crête des yeuses, les pins semblent vernis.

Paysage de Provence, Peinture de Othon Coubine

Paysage de Provence, Peinture de Othon Coubine

Les merles bleus, les roitelets, les pouillots siffleurs, les fauvettes, les mésanges, les rousserolles, les rossignols, les gros-becs, les verdiers, les linottes, les sizerins, les bergeronnettes, les bouvreuils et les pinsons pillent les feuillages neufs. Ils ne chantent pas encore ; ils ne font que pousser de petits cris de ravissement et de rage, se jetant d'arbre en arbre, de buisson en buisson, se roulant en pelotes dans les prés, jaillissant comme des fusées, balançant dans les vents déchaînés de hautes vapeurs crépitantes de battements d'ailes. Sur la plaine, le vert des blés se noircit de corbeaux.

Peinture de Rosemary Millette

Peinture de Rosemary Millette

Ces rayons, ces rumeurs et ces ramages rouent comme la queue d'un paon. Les tombereaux des orages déchargent des rochers derrière les horizons. Des éclairs traversent le ciel, dont on ne sait s'ils sont la foudre, ou le renversement de l'aile de milliers d'étourneaux, ou le reflet des prairies sur lesquelles vient frapper le soleil. Les aubépines répandent une odeur amère. Les averses courent comme des perdues de droite et de gauche, foulant les herbes, exprimant le suc des thyms fleuris, des muguets, des violettes, l'anis des armoises et l'amertume de la ruta, la rue, qui en cette saison pousse dans les ombres et a la tige tendre comme la rosée.

Le vol des étourneaux, Peinture de Michèle Ulmann

Le vol des étourneaux, Peinture de Michèle Ulmann

De jour en jour, d'heure en heure, le bruit des feuillages se fait plus épais. Enfin, un beau matin, je m'aperçois que la forêt de chênes taillis est recouverte uniformément d'une écume couleur d'absinthe. J'ai encore raté l'arrivée des feuilles nouvelles. Elles sont là, déjà dentelées. Alors, en une semaine, les dés sont jeté : les orages s'éloignent, les vents se calment, le ciel se découvre, le soleil s'installe, les joies cherchent lentement ceux qui sont destinés à jouir d'elles, et les trouvent.

Le printemps est arrivé.

Vers Beuvron, Peinture de Pascal Giroud

Vers Beuvron, Peinture de Pascal Giroud

Paysage animé, Peinture de René Seyssaud

Paysage animé, Peinture de René Seyssaud

Source : "Provence" de Jean Giono (Gallimard)

               Extraits du Chapitre 4 "Le printemps en Haute Provence"

 

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 22:57

C'est dans le joli village de Cailhau dans l'Aude que j'ai l'ai croisé : solitaire et impassible, il montait la garde devant le mur. Et je n'ai pu m'empêcher de m'arrêter pour l'admirer et saluer l'originalité de cette réalisation ... Alors, si vous ne savez plus quoi faire de vos vieux pots de fleurs et disposez d'un coin dans votre jardin, laissez libre cours à votre créativité et à l'ouvrage !

Bonhomme en terre cuite à Cailhau (11) - Photo Clairedelune

Bonhomme en terre cuite à Cailhau (11) - Photo Clairedelune

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 20:03

 

... mettre vos pendules à l'heure ! En effet, c'est cette nuit que nous passons à l'heure d'été, soit un horaire décalé de deux heures par rapport à celui du soleil. Dormeurs, couchez vous tôt ce soir pour compenser l'heure de sommeil perdue ...

 

 

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 07:00

Aujourd'hui, c'est le printemps ! Rien que de le dire, on se sent joyeux, on guette le coin de ciel bleu, on savoure la douceur ambiante, on admire les bouquets roses ou blancs d'arbres en fleurs tout autour de nous, on hésite à ranger les manteaux ...

Peut-être irons-nous ce week-end chercher au gré des chemins, dans les bois, dans les prairies, dans les jardins, ces fleurs sauvages qui annoncent la nouvelle saison. En attendant, voici quelques toiles et poèmes pour nous faire patienter.

 

 

                     Printemps

Il y a, sur la plage, quelques flaques d'eau.
Il y a, dans les bois, des arbres fous d'oiseaux.
La neige fond dans la montagne.
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
Que le pâle soleil recule.

C'est par un soir d'hiver,
Dans un monde très dur,
Que tu vis ce printemps,
Près de moi, l'innocente.

Il n'y a pas de nuit pour nous.
Rien de ce qui périt, n'a de prise sur moi
Mais je ne veux pas avoir froid.

Notre printemps est un printemps qui a raison,
Notre printemps est un printemps qui a raison,
Notre printemps est un printemps qui a raison,
Notre printemps est un printemps qui a raison ...

                    Paul Eluard

 

 

Quoique nous le voyions

Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux
Ce jardin clair où nous passons silencieux,
C'est plus encor en nous que se féconde
Le plus candide et doux jardin du monde.

Car nous vivons toutes les fleurs,
Toutes les herbes, toutes les palmes
En nos rires et en nos pleurs
De bonheur pur et calme.

Car nous vivons toute la joie
Dardée en cris de fête et de printemps,
En nos aveux où se côtoient
Les mots fervents et exaltants.

Oh! dis, c'est bien en nous que se féconde
Le plus joyeux et doux jardin du monde

Emile Verhaeren

 

 

Bonjour

Comme un diable au fond de sa boîte,
le bourgeon s'est tenu caché ...
mais dans sa prison trop étroite
il baille et voudrait respirer.
Il entend des chants, des bruits
d'ailes,
il a soif de grand jour et d'air ...
il voudrait savoir les nouvelles,
il fait craquer son corset vert.
Puis, d'un geste brusque, il déchire
son habit étroit et trop court
"enfin, se dit-il, je respire,
je vis, je suis libre ... bonjour !"

      Paul Geraldy

 

 

Le Printemps

Le soleil faisait craquer les derniers et tardifs bourgeons des chênes sous la pression chaude de ses rayons. Les verdures se nuançaient à l'infini.

C'était une symphonie de couleurs allant du cri violent des verts aux pâleurs mièvres des rameaux inférieurs, dont les feuilles tendres, aux épidermes délicats et ténus n'avaient pas encore reçu le baptême ardent de la pleine lumière, bu la lampée d'or des rayons chauds, car leur oblique courant n'avait pu combler jusqu'alors que les lisières privilégiées et les faîtes victorieux.

Mais ce jour-là, une vie multiple et grouillante, végétale et animale, sourdait de partout, des crépitements des insectes et du chant des oiseaux à l'éclatement des bourgeons et au gonflement des rameaux, craquant dans l'air vibrant comme des muscles qui s'essaient.

Louis Pergaud

 

 

Au printemps

Regardez les branches
Comme elles sont blanches !
Il neige des fleurs.
Riant dans la pluie,
Le soleil essuie
Les saules en pleurs
Et le ciel reflète,
Dans la violette
Ses pures couleurs...
La mouche ouvre l'aile
Et la demoiselle
Aux prunelles d'or,
Au corset de guêpe
Dépliant son crêpe,
A repris l'essor.
Le goujon frétille
Un printemps encore !

Théophile Gautier

 

 

Printemps

Un petit oeil jaune
tout jaune
- c'est la primevère,
la première.

Un petit oeil blanc
très franc
- c'est la pâquerette
mignonnette.

Un petit oeil bleu,
malicieux
- c'est le myosotis
tout fleuri.

Un oeil de satin
quel malin !
- c'est la violette
qui me guette.

anonyme

 

 

 

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 23:00

La fenêtre joue un rôle essentiel dans la vie quotidienne où elle est source de luminosité, de visibilité et de communication. Frontière tangible entre l'extérieur et l'intérieur, la fenêtre joue avec la lumière, entre reflets et transparence ... Habillée de rideaux, voilages ou stores, elle s'ouvre ou se ferme, éclaire ou tamise, laisse entrer l'air parfumé de la campagne ou le bruit et la pollution de la ville. Miroir à double face, elle dévoile les maisons, les monts, l'horizon, hésite entre exhibition ou dissimulation. Rien d'étonnant donc, à ce qu'elle ait inspiré nombre de poètes et d'artistes connus, comme les oeuvres ci-dessous en témoignent ...

 

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Les fenêtres

Le long des boulevards et le long des rues elles étoilent les maisons ; À l’heure grise du matin, repliant leurs deux ailes en persiennes, elles abritent les exquises paresses et emmitouflent de ténèbres le rêve frileux. Mais le soleil les fait épanouir comme des fleurs, – avec leurs rideaux blancs, rouges ou roses, – le long des boulevards et le long des rues. Et tandis que la vitre miroite comme de l’eau dormante, que de charme inquiétant et que de confidences muettes, entre les plis des rideaux blancs, rouges et roses. (...)

Maurice Rollinat

(Les Poètes du Chat Noir, p. 228 extrait)

 

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     Au Passant d'un soir (extrait)

Elle est humble, ma porte,
Et pauvre, ma maison.
Mais ces choses n'importent.

Je regarde rentrer chez moi tout l'horizon
A chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre ;
Et la lumière et l'ombre et le vent des saisons
Sont la joie et la force et l'élan de mon être.

Emile Verhaeren

 

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Les fenêtres (extrait)

Comme les yeux des mortels demeurent beaux longtemps
Et gardent un éclat de jeunesse vivace
Jusque dans un visage outragé par les ans,
Les fenêtres que la maison a  dans sa face
Rayonnent d’un éclat encore lumineux.

Elles ont moins vieilli que le toit et la porte ;
Et comme les humains reçoivent par leurs yeux
Le don riche et sacré que la lumière apporte,
Réfléchissant en eux l’ondoyant univers
Et tous les chatoiements que la vie a sur elle,
La maison par ses yeux de même a découvert
L’abondante beauté que le monde révèle.

   Louis Mercier, extrait de Le Poème de la maison

 

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À l’angle, une fenêtre est éclairée encor.
Une lampe est là-haut, qui veille quand tout dort !
Sous le frêle tissu, qui tamise sa flamme,
Furtive, par instants, glisse une ombre de femme.

                        Alain SAMAIN

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                       Prière
Ah ! Si vous saviez comme on pleure
De vivre seul et sans foyers,
Quelquefois devant ma demeure
Vous passeriez.

Si vous saviez ce que fait naître
Dans l'âme triste un pur regard,
Vous regarderiez ma fenêtre
Comme au hasard ...

René-François SULLY PRUDHOMME

 

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Le rideau de ma voisine

Le rideau de ma voisine
Se soulève lentement
Elle va, je l’imagine,
Prendre l’air un moment.

On entr’ouvre la fenêtre :
Je sens mon cœur palpiter.
Elle veut savoir peut-être
Si je suis à guetter.

Mais, hélas ! ce n’est qu’un rêve ;
Ma voisine aime un lourdaud,
Et c’est le vent qui soulève
Le coin de son rideau.

Alfred de Musset (Poésies nouvelles)

 

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La fenêtre s’ouvre comme une orange
Le beau fruit de la lumière

Guillaume Apollinaire, Ondes, Calligrammes 1918

 

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Les fenêtres (extrait)

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.

Charles Beaudelaire - Le Spleen de Paris

 

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Entre dans ma maison intérieure et nette
Où de beaux lévriers s'allongent près du mur,
Vois des huiles brûler dans une cassolette
Et le cristal limpide ainsi qu'un désir pur.

Ce carré de clarté là-bas, c'est la fenêtre
Où le soleil assied son globe de rayons.
Voici tout l'Orient qui chante dans mon être
Avec ses oiseaux bleus, avec ses papillons ;

Sur la vitre d'azur une rose s'appuie.
En dégageant son front du feuillage élancé ;
Ma colombe privée y somnole, meurtrie
De parfum, oubliant le grain que j'ai versé ...

                   Cécile SAUVAGE

 

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La nuit n'est jamais complète

La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l'affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il ya toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un coeur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie à se partager.

Paul Eluard, Le Phénix

 

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J'habite un kiosque rose au fond du merveilleux.
J'y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d'or parmi les paysages bleus ...

Albert SAMIN (Extrême Orient)

 

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Vous parler ? (Extrait)

J'attends - comme le font derrière la fenêtre
Le vieil arbre sans geste et le pinson muet...
Une goutte d'eau pure, un peu de vent, qui sait ?
Qu'attendent-ils ? Nous l'attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu'il reviendrait, peut-être...

Sabine SICAUD

 

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Les Fenêtres (extrait)

Les fenêtres murmurent
Quand tombent en chevelure
Les pluies de la froidure
Qui mouillent les adieux
Les fenêtres chantonnent
Quand se lève à l'automne
Le vent qui abandonne
Les rues aux amoureux
Les fenêtres se taisent
Quand l'hiver les apaise
Et que la neige épaisse
Vient leur fermer les yeux ...

Jacques Brel

 

http://www.astro.phy.ulaval.ca/staff/hugo/paintings/hassam6.jpg

 

http://claude-monet.org/artbase/Monet/1873-1873/w0257/apc.jpg

 

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Après l'hiver (extrait)

Ô printemps ! bois sacrés ! ciel profondément bleu !
On sent un souffle d'air vivant qui vous pénètre,
Et l'ouverture au loin d'une blanche fenêtre ...

Victor Hugo

 

http://www.visualhistory.ru/paint/wp-content/uploads/2014/08/Louis-Ritman-Lady-by-a-Window-1918-574x700.jpg

 

http://www.monetpainting.net/paintings/images/camillewindow.jpg

 

     Les passantes (extrait)

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui ...

     Georges Brassens

 

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                     La fenêtre fermée

 La fenêtre fermée n’en réfléchit pas moins :
Le monde qu’elle tient à l’écart d’elle-même,
Les gens qui n’en finissent jamais de passer,
Le ciel qui ne sait s’arrêter d’être ciel
Et la maison d’en face à l’ancre de ses pierres,
De son toit, de ses murs, de son poids de maison.

La fenêtre fermée n’est pas très sûre d’elle,
Ni d’être ce qu’elle est, ni de voir ce qui passe.
La fenêtre fermée tournée vers son envers
Donne à la nuit dedans des nouvelles du jour
Et parle à la chaleur du froid qu’il fait dehors.

La fenêtre fermée réfléchit lentement
Et triste traversée taciturne tapie,
Rêve de retenir et de garder pour elle
(rien qu’un petit moment préservé de s’enfuir)
Ce chat ou cet enfant qui marchent dans la rue
Et traversent son eau sans y laisser de trace.

                                          Claude Roy, Poésies

 

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http://www.posterdejardin.fr/library/original/20973-fenetre-fermee-surmontee-dune-guirlande-de-roses.jpg

 

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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 07:00

Voici Noël, jour que les petits attendent avec impatience, Noël où l'on admire le sapin scintillant, où l'on se retrouve en famille, où l'on se régale de mets délicieux, Noël, où l'on échange des cadeaux ! Mais c'est aussi Noël, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Noël, Jésus est né, Emmanuel qui signifie "Dieu avec nous" ... Alors, joyeux Noël à tous, dans la douceur ambiante, sans neige et sans givre, mais en chaussant vos bottes de 7 lieues et en découvrant le beau poème de Pierre Gamarra !

 

Aleksandr-Deineka.jpg

 

          Voici Noël

Voici la neige et la nuit bleue,
Voici le givre en sucre fin,
Voici la maison et le feu,
Voici Noël vêtu de lin.

Les oiseaux se taisent, ce soir.
Les lilas ont fermé les yeux.
Les chênes tendent leurs bras noirs
Vers les chemins mystérieux.

Voici les pauvres malheureux,
Voici la plaine de la bise
Dans les fentes et dans les creux,
Voici les vergers sans cerises.

 

Ruth-Sanderson---Cosy-Christmas-Cat.jpg

 

Un jour, renaîtront les grands lis,
Le parfum des profondes roses,
Et l'hirondelle, je suppose,
Reviendra frôler les iris.

Voici Noël, voici les voeux,
Voici les braises sous la cendre,
Voici les bottes de sept lieues
Pour aller jusqu'à l'avril tendre.

Et voici le pas d'une mère
Qui marche vers la cheminée
Pour ranimer les braises claires,
Et voici le chant d'une mère
Qui berce un enfant nouveau-né.

Pierre GAMARRA

 

In-The-Arms-Of-Mary-Simon-Dewey.jpg

 

 

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 21:00

L'automne est là : une occasion de "ramener ma pomme" pour vous en faire voir des vertes et des pas mûres, des jaunes et des rouges, des croquantes et des juteuses, des acides et des savoureuses, pommes de reinette et pommes d'api ... Plaisir de la cueillette, de la dégustation sur place et souvenirs de sa jeunesse et de ses origines : c'est ce que nous rappelle Lucie Delarue-Mardrus dans le poème ci-dessous illustré par des toiles pleines de fraîcheur. De quoi nous donner envie de croquer une pomme, immédiatement !

 

http://cdn-pus-1.pinme.ru/photos/0c0ab86adfad4003c2edb7bd2a0f8add_b.jpg

 

http://4.bp.blogspot.com/-5qgPbM0g3CM/Uk1dRhwb_JI/AAAAAAAC8Uw/jJuXxKSN0Ms/s1600/Carl+Larsson+Apple+Orchard.jpg

 

http://s3.amazonaws.com/data.tumblr.com/tumblr_l9urf8F9Zy1qdli79o1_1280.jpg?AWSAccessKeyId=AKIAJP67HANH6OVWEMMQ&Expires=1413574129&Signature=dfGDW1U8Gg47%2BsPbPY%2F4cQq5%2Bsw%3D#_=_

 

http://imageweb-cdn.magnoliasoft.net/britishlibrary/supersize/f60086-14.jpg

 

http://i6.pixs.ru/storage/4/5/0/SeverinNil_7726740_13481450.jpg

 

L'odeur de mon pays

L'odeur de mon pays était dans une pomme.
Je l'ai mordue avec les yeux fermés du somme,
Pour me croire debout dans un herbage vert.
L'herbe haute sentait le soleil et la mer,
L'ombre des peupliers y allongeait des raies,
Et j'entendais le bruit des oiseaux, plein les haies,
Se mêler au retour des vagues de midi.
Je venais de hocher le pommier arrondi,
Et je m'inquiétais d'avoir laissé ouverte,
Derrière moi, la porte au toit de chaume mou ...
Combien de fois, ainsi, l'automne rousse et verte
Me vit-elle, au milieu du soleil et, debout,
Manger, les yeux fermés, la pomme rebondie
De tes prés, capricieuse et forte Normandie ! ...
Ah ! je ne guérirai jamais de mon pays !
N'est-il pas la douceur des feuillages cueillis
Dans leur fraîcheur, la paix et toute l'innocence !

Et qui donc a jamais guéri de son enfance ? ...

Lucie Delarue-Mardrus

 

http://cfile220.uf.daum.net/image/2709E642521B19FA034826

 

http://i.pixs.ru/storage/8/3/2/CamillePis_1576273_13486832.jpg

 

http://i.imgur.com/cCoSG.jpg

 

http://4.bp.blogspot.com/-E1s2MiT-cHQ/Ubg2Sv0TF1I/AAAAAAABy64/0LO5KyjxmQg/s1600/Konstantin+Yuon+-+Picking+Apples,+1928.jpg

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c9/McNicoll,Helen_Galloway-The_Apple_Gatherer.jpg

 

http://media-cache-ak0.pinimg.com/736x/0c/57/54/0c57543f56018205d25582a5959e9e2b.jpg

 

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 21:00

Aujourd'hui, c'était la rentrée des classes et pour chacun peut-être, une rentrée au travail, parfois difficile et stressante. Alors, courage : comme Marcel Pagnol, nous ne sommes pas des petits nouveaux et n'avons plus besoin de faire nos preuves ! Et si nous regardions notre environnement avec des yeux neufs : le bel arbre que l'on voit de la fenêtre, la photocopieuse qui fait si bien son travail, le sourire de notre collègue qui nous fait chaud au coeur, la bonne vieille machine à café qui rend nos pauses savoureuses ... et le calendrier pour chercher la date des prochaines vacances. Allez plus que 48 jours !

 

http://salondemrspepys.files.wordpress.com/2013/09/albert-anker-1831-1910-schreibender-knabe-mit-schwesterchen_thumb.jpg

 

C'est sans la moindre inquiétude, mais au contraire avec une véritable joie que je quittai la maison, un matin d'octobre, pour la rentrée au lycée, où j'étais admis en 5ème A². Personne ne m'accompagnait : le cartable au dos, les mains dans les poches, je n'avais pas besoin de lever la tête pour regarder le nom des rues. Je n'allais pas vers une prison inconnue, pleine d'une foule d'étrangers : je marchais au contraire vers mille rendez-vous, vers d'autres garçons de mon âge, des couloirs familiers, une horloge amicale, des platanes et des secrets. J'enfermai dans mon casier la blouse neuve que ma mère m'avait préparée, et je revêtis la loque de l'année précédente, que j'avais rapportée "en cachette" : ses accrocs, et la silencieuse mollesse du tissu devenu pelucheux, marquaient mon grade. Mon entrée dans la cour fut triomphale : je n'étais plus le "nouveau" dépaysé, immobile et solitaire, qui tourne la tête de tous côtés, à la recherche d'un sourire, et peut-être d'une amitié ...

Marcel Pagnol - Le temps des amours

 

http://annacatharina.a.n.pic.centerblog.net/00d3c175.jpg

 

Toiles d' Albert ANKER

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 20:00

N'oubliez pas ce soir d'avancer vos montres, réveils, téléphones et horloges d'une heure : soixante minutes de sommeil s'envoleront cette nuit ... C'est ce qu'on appelle "être en avance sur son temps" !

 

Horloge-Musee-d-Orsay.jpg

 

Les horloges (extrait)

La nuit, dans le silence en noir de nos demeures,
Béquilles et bâtons qui se cognent, là-bas;
Montant et dévalant les escaliers des heures,
Les horloges, avec leurs pas ;

Émaux naifs derrière un verre, emblèmes
Et fleurs d'antan, chiffres maigres et vieux;
Lunes des corridors vides et blêmes,
Les horloges, avec leurs yeux ;

Sons morts, notes de plomb, marteaux et limes
Boutique en bois de mots sournois,
Et le babil des secondes minimes,
Les horloges, avec leurs voix ; [...]

Emile Verhaeren

 

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 22:30

C'est en compagnie de Cosette et Marius, célèbre couple des Misérables de Victor Hugo, et des toiles d'un de mes peintres préférés, Henri Martin que je vous invite à fêter les amoureux pour finir cette journé du 14 février. Une bien tendre célébration !

 

http://www.devoir-de-philosophie.com/images_dissertations/27108.jpg

 

Ils vivaient dans ce ravissant état qu'on pourrait appeler l'éblouissement d'une âme par une âme.

 

http://img1.liveinternet.ru/images/attach/c/8/101/507/101507499_0019Henri_Jean_Guillaume_Martin_18601943__French_PostImpressionist_painter__Tutt_Art_12_.jpg

 

... Quand ils étaient là, ce jardin semblait un lieu vivant et sacré. Toutes les fleurs s'ouvraient autour d'eux et leur envoyaient de l'encens ; eux, ils ouvraient leurs âmes et les répandaient dans les fleurs. La végétation lascive et vigoureuse tressaillait pleine de sève et d'ivresse autour de ces deux innocents, et ils disaient des paroles d'amour dont les arbres frissonnaient. Qu'étaient-ce que ces paroles ? Des souffles. Rien de plus. Ces souffles suffisaient pour troubler et pour émouvoir toute cette nature. Puissance magique qu'on aurait peine à comprendre si on lisait dans un livre ces causeries faites pour être emportées et dissipées comme des fumées par le vent sous les feuilles. Otez à ces murmures de deux amants cette mélodie qui sort de l'âme et qui les accompagne comme une lyre, ce qui reste n'est plus qu'une ombre ;

 

http://uploads6.wikipaintings.org/images/henri-martin/amour.jpg

 

Marius se figurait la vie avec Cosette comme cela, sans autre chose ; venir tous les soirs rue Plumet, déranger le vieux barreau complaisant de la grille du président, s'asseoir coude à coude sur ce banc, regarder à travers les arbres la scintillation de la nuit commençante, faire cohabiter le pli du genou de son pantalon avec l'ampleur de la robe de Cosette, lui caresser l'ongle du pouce, lui dire tu, respirer l'un après l'autre la même fleur, à jamais, indéfiniment. Pendant ce temps-là les nuages passaient au dessus de leur tête. Chaque fois que le vent souffle, il emporte plus de rêves de l'homme que de nuées du ciel.

 

http://1.bp.blogspot.com/-yPI1NslcxfM/UTdFueVl0kI/AAAAAAACgdY/mKbD8RS_W7w/s1600/Henri+Jean+Guillaume+Martin+1860-1943+-+French+Post-Impressionist+painter+-+Tutt%27Art@+%281%29.jpeg

 

Que ce chaste amour presque farouche fût absolument sans galanterie, non. "Faire des compliments" à celle qu'on aime est la première façon de faire des caresses, demi-audace qui s'essaie. Le compliment, c'est quelque chose comme le baiser à travers le voile. La volupté y met sa douce pointe, tout en se cachant. Devant la volupté le coeur recule, pour mieux aimer. Les cajoleries de Marius, toutes saturées de chimère, étaient, pour ainsi dire, azurées. Les oiseaux, quand ils volent là-haut du côté des anges, doivent entendre de ces paroles-là. Il s'y mêlait pourtant la vie, l'humanité, toute la quantité de positif dont Marius était capable. C'était ce qui se dit dans la grotte, prélude de ce qui se dira dans l'alcôve, une effusion lyrique, la strophe et le sonnet mêlés, les gentilles hyperboles du roucoulement, tous les raffinements de l'adoration arrangés en bouquet et exhalant un subtil parfum céleste, un ineffable gazouillement de coeur à coeur.

 

http://uploads4.wikipaintings.org/images/henri-martin/landscape-with-couple.jpg

 

Toute la personne de Cosette était naïveté, ingénuité, transparence, blancheur, candeur, rayon. On eût pu dire de Cosette qu'elle était claire. Elle faisait à qui la voyait une sensation d'avril et de point du jour. Il y avait de la rosée dans ses yeux. Cosette était une condensation de lumière aurorale en forme de femme. Il était tout simple que Marius, l'adorant, l'admirât. Mais la vérité est que cette petite pensionnaire, fraîche émoulue du couvent, causait avec une pénétration exquise et disait par moments toutes sortes de paroles vraies et délicates. Son babil était de la conversation. elle ne se trompait sur rien, et voyait juste. La femme sent et parle avec le tendre instinct du coeur, cette infaillibilité. Personne ne sait comme une femme dire des choses à la fois douces et profondes. la douceur et la profondeur, c'est là toute la femme ; c'est là tout le ciel.

 

http://uploads4.wikipaintings.org/images/henri-martin/the-lovers-1.jpg

 

Le permanent et l'immuable subsistent. On s'aime, on se sourit, on se rit, on se fait des petites moues avec le bout des lèvres, on s'entrelace les doigts des mains, on se tutoie, et cela n'empêche pas l'éternité. Deux amants se cachent dans le soir, dans le crépuscule, dans l'invisible, avec les oiseaux, avec les roses, ils se fascinent l'un l'autre dans l'ombre avec leurs coeurs qu'ils mettent dans leurs yeux, ils murmurent, ils chuchotent, et pendant ce temps-là, d'immenses balancements d'astres emplissent l'infini.

 

http://4.bp.blogspot.com/-jQ1ZJKwd5NY/TZyhTZjYjlI/AAAAAAABNg0/NOJbPfA5WVg/s1600/Henri%2BMartin-Idylle.jpeg

 

  Marius avait momentanément oublié tout cela ; il ne savait même pas le soir ce qu'il avait fait le matin, ni où il avait déjeuné, ni qui lui avait parlé ; il avait des chants dans l'oreille qui le rendaient sourd à toute autre pensée, il n'existait qu'aux heures où il voyait Cosette. Alors, comme il était dans le ciel, il était tout simple qu'il oubliât la terre. Tous deux portaient avec langueur le poids indéfinissable des voluptés immatérielles. Ainsi vivent des somnambules qu'on appelle les amoureux ! ... Aimer remplace presque penser. L'amour est un ardent oubli du reste. Pour Cosette et Marius rien n'existait plus que Marius et Cosette. L'univers autour d'eux était tombé dans un trou. Ils vivaient dans une minute d'or. Il n'y avait rien devant, rien derrière.

 

http://www.oceansbridge.com/paintings/artists/new/henri-martin/Henri-Martin-xx-The-Lovers.jpg

 

De quoi donc parlaient-ils, ces amants ? On l'a vu, des fleurs, des hirondelles, du soleil couchant, du lever de la lune, de toutes les choses importantes. Ils s'étaient dit tout, excepté tout. Le tout des amoureux, c'est le rien... Donc, ces deux êtres vivaient ainsi, très haut, avec toute l'invraisemblance qui est dans la nature ; ni au nadir, ni au zénith, entre l'homme et le séraphin, au dessus de la fange, au dessous de l'éther, dans le nuage ; à peine os et chair, âme et extase de la tête aux pieds ; déjà trop sublimés pour marcher à terre, encore trop chargés d'humanité pour disparaître dans le bleu, en suspension comme des atomes qui attendent le précipité ; en apparence hors du destin, ignorant cette ornière, hier, aujourd'hui, demain ; émerveillés, pâmés, flottants, par moments, assez allégés pour la fuite dans l'infini ; presque prêts pour l'envolement éternel.

 

http://2.bp.blogspot.com/-7WKJJGxZLlM/UTdHrzk7SBI/AAAAAAACgh4/sCp9Vdj9vnk/s1600/Henri+Jean+Guillaume+Martin+1860-1943+-+French+Post-Impressionist+painter+-+Tutt%27Art@+%287%29.jpg

 

Ils dormaient éveillés dans ce bercement. O léthargie spendide du réel accablé d'idéal ! Quelquefois, si belle que fût Cosette, Marius fermait les yeux devant elle. Les yeux fermés, c'est la meilleure manière de regarder l'âme. Marius et Cosette ne se demandaient pas où cela les conduirait ; ils se regardaient comme arrivés. C'est une étrange prétention des hommes de vouloir que l'amour conduise quelque part.

 

http://uploads7.wikipaintings.org/images/henri-martin/brides-walk-under-the-apple-trees.jpg

 

Puretés limpides. Heures toutes blanches ; presque toutes pareilles. Ce genre d'amours-là est une collection de feuilles de lis et de plumes de colombes.... Jamais le ciel n'avait été plus constellé et plus charmant, les arbres plus tremblants, la senteur des herbes plus pénétrante ; jamais les oiseaux ne s'étaient endormis dans les feuilles avec un bruit plus doux ; jamais toutes les harmonies de la sérénité universelle n'avaient mieux répondu aux musiques intérieures de l'amour ; ... il semblait qu'ils eussent tellement mêlé leurs âmes que, s'ils eussent voulu les reprendre, il leur eût été impossible de les reconnaître ... Marius était quelque chose qui faisait partie de Cosette et Cosette était quelque chose qui faisait partie de Marius. Marius sentait Cosette vivre en lui. Avoir Cosette, posséder Cosette, cela pour lui n'était pas distinct de respirer. 

 

Victor Hugo - Les Misérables (extraits)

 

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