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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 15:00

Le marronnier, de son nom savant, Aesculus hippocastanum, est aussi appelé marronnier commun ou marronnier d'Inde ou marronnier blanc. Le mot "marron" signifierait caillou, celui-ci étant évoqué par le fruit lisse, rond, et dur de l'arbre, ainsi que sa couleur brune. Originaire de Grèce et d'Albanie, les premières graines du marronnier arrivèrent en France en 1576 et furent semées dans le jardin botanique de la faculté de médecine de Montpellier. Depuis, l'arbre s'est naturalisé dans toute l'Europe du Nord et l'Amérique du Nord. Il est devenu l'arbre d'ornement le plus planté dans les parcs et le long des avenues des grandes villes : il se prête très facilement à l'élagage, ce qui lui vaut son succès comme essence urbaine. Sa belle allure et ses magnifiques fleurs ont inspiré beaucoup d'artistes dont vous pourrez admirer les créations (peintures ou poèmes) ci-dessous.

 

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Le marronnier est un arbre de 20 à 30 mètres de haut, à port dressé, s'étalant avec l'âge. Sa croissance est rapide et sa frondaison massive. Ses feuilles, caduques et palmées, naissent de bourgeons poisseux et odorants. Le marronnier est facile à cultiver, il supporte tous les sols, le soleil ou la mi-ombre, la sècheresse et la pollution. Malheureusement depuis les années 2000, le marronnier commun est victime de deux fléaux dévastateurs étendus à l'ensemble de l'Europe : le chancre bactérien et la mineuse du marronnier. Le premier fléau fait mourir très rapidement l'arbre infecté (entre un et trois ans), d'autant plus si celui-ci a souffert du stress lié au milieu urbain (pollution et élagage). Le deuxième, la chenille responsable du brunissement et de la chute prématurée des feuilles dès le mois de juin, contribue à son affaiblissement et favorise de plus l'infection du chancre bactérien.

 

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Les fleurs du marronnier  ont adopté un système de protection très original, elles ont inventé en quelque sorte le "feu rouge" pour insecte. Blanches et regroupées sur de long épis dressés (thyrse), elles possèdent au fond de leurs corolles une petite tache jaune guidant les abeilles vers les organes reproducteurs. Ces taches virent au rouge dès que les fleurs sont fécondées. Insensibles à cette couleur, qu'elles confondent avec le noir, les abeilles délaissent ces fleurs et se dirigent vers celles qui sont encore jaunes.

 

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  Marronnier fleur

 

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La fleur qui fait le printemps

Les marronniers de la terrasse
Vont bientôt fleurir, à Saint-Jean,
La villa d'où la vue embrasse
Tant de monts bleus coiffés d'argent.

La feuille, hier encor pliée
Dans son étroit corset d'hiver,
Met sur la branche déliée
Les premières touches de vert.

Mais en vain le soleil excite
La sève des rameaux trop lents ;
La fleur retardataire hésite
A faire voir ses thyrses blancs.

Pourtant le pêcher est tout rose,
Comme un désir de la pudeur,
Et le pommier, que l'aube arrose,
S'épanouit dans sa candeur.

La véronique s'aventure
Près des boutons d'or dans les prés,
Les caresses de la nature
Hâtent les germes rassurés.

Il me faut retourner encore
Au cercle d'enfer où je vis ;
Marronniers, pressez-vous d'éclore
Et d'éblouir mes yeux ravis.

Vous pouvez sortir pour la fête
Vos girandoles sans péril,
Un ciel bleu luit sur votre faîte
Et déjà mai talonne avril.

Par pitié, donnez cette joie
Au poète dans ses douleurs,
Qu'avant de s'en aller, il voie
Vos feux d'artifice de fleurs.

Grands marronniers de la terrasse,
Si fiers de vos splendeurs d'été,
Montrez-vous à moi dans la grâce
Qui précède votre beauté.

Je connais vos riches livrées,
Quand octobre, ouvrant son essor,
Vous met des tuniques pourprées,
Vous pose des couronnes d'or.

je vous ai vus, blanches ramées,
Pareils aux dessins que le froid
Aux vitres d'argent étamées
Trace, la nuit, avec son doigt.

Je sais tous vos aspects superbes,
Arbres géants, vieux marronniers,
Mais j'ignore vos fraîches gerbes
Et vos arômes printaniers.

Adieu, je pars lassé d'attendre ;
Gardez vos bouquets éclatants !
Une autre fleur suave et tendre,
Seule à mes yeux fait le printemps.

Que mai remporte sa corbeille !
Il me suffit de cette fleur ;
Toujours pour l'âme et pour l'abeille
Elle a du miel pur dans le coeur.

Par le ciel d'azur ou de brume
Par la chaude ou froide saison,
Elle sourit, charme et parfume,
Violette de la maison !

Théophile GAUTIER   (1811-1872)

 

Marronnier-a-fleurs-roses.jpg

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Une espèce a été mise au point uniquement pour le confort de l'homme : pour éviter que les bogues épineuses des marronniers ne blessent les pieds des promeneurs et n'intoxiquent les enfants imprudents, dans les parcs ou le long des avenues, l'espèce sauvage est de plus en plus remplacée par un hybride à fleurs compètement roses ou rouges (Aesculus x carnea) qui, du fait de leur couleur, ne sont jamais pollinisées par les abeilles et ne donnent donc jamais de fruits.

 

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Pour empêcher les animaux affamés de manger leurs graines, beaucoup d'arbres ont des fruits couverts d'épines, comme ceux des marronniers et des châtaigniers. Ces deux arbres sont souvent confondus en raison de la ressemblance de leurs fruits, mais aussi du nom qu'il leur a été donné. Les "marrons" sont à la fois les fruits du marronnier et une variété de châtaignes. Si les châtaignes sont délicieuses, les marrons sont hautement toxiques, surtout s'ils sont ingérés frais. Ils provoquent des vomissements et des maux de tête. Si, malgré leur goût amer, on persiste à en consommer, l'empoisonnement devient très dangereux, voire mortel. Pourtant, ce sont les mêmes marrons qui fournissent l'extrait de marron d'Inde, un des médicaments les plus efficaces contre les hémorroïdes. 

 

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Il fera longtemps clair ce soir

Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent,
La rumeur du jour vif se disperse et s'enfuit,
Et les arbres, surpris de ne pas voir la nuit,
Demeurent éveillés dans le soir blanc, et songent...

Les marronniers, sur l'air plein d'or et de lourdeur,
Répandent leurs parfums et semblent les étendre ;
On n'ose pas marcher ni remuer l'air tendre
De peur de déranger le sommeil des odeurs.

Anna de NOAILLES   (1876-1933)

 

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Bergerie (à Georges Auric) extrait

Marronniers, ainsi que l'yeuse
Quels arbres, ombrelles rieuses,
Ne se déploieraient pour fêter
Le retour du prodigue été !

L'un nous offre un feu d'artifice
De plumes et de fleurs : orgie
Digne de Noël, tes bougies
Roses, d'autres fêtes complices,

L'encombrant cadeau, marronnier,
Pour ne point des neuves bergères
Troubler la candeur bocagère
Tu le voudrais plutôt nier. [...]

Raymond Radiguet (1903-1923)

 

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Rompant soudain le deuil ...

Rompant soudain le deuil de ces jours pluvieux,
Sur les grands marronniers qui perdent leur couronne,
Sur l'eau, sur le tardif parterre et dans mes yeux
Tu verses ta douceur, pâle soleil d'Automne.

Soleil, que nous veux-tu ? Laisse tomber la fleur,
Que la feuille pourrisse et que le vent l'emporte !
Laisse l'eau s'assombrir, laisse-moi ma douleur
Qui nourrit ma pensée et me fait l'âme forte.
Jean MORÉAS   (1856-1910)

 

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Marronniers en fleurs

Marronniers quand fait pleuvoir le vent
Vos feux d'artifice muets
Il n'est pas, au pouvoir des oreilles humaines
D'entendre vos corolles s'effeuiller.

Si le cristal exhale sous le doigt
Parfois un chant qui le fêle soudain
Les fleurs, étant de plus subtile essence
Laissent à qui les tue le soin de les pleurer.

Enseignez-moi les vertus du silence,
Et quand la foudre de la mort se sera tue
Calcinés comme vous mais contre un ciel de germes
Nous rirons à jamais des stériles tonnerres.

Léon-Gabriel Gros 

 

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                      Lucie (Extrait)
Les tièdes voluptés des nuits mélancoliques
Sortaient autour de nous du calice des fleurs.
Les marronniers du parc et les chênes antiques
Se berçaient doucement sous leurs rameaux en pleurs.
Nous écoutions la nuit ; la croisée entr'ouverte
Laissait venir à nous les parfums du printemps ;
Les vents étaient muets, la plaine était déserte ;
Nous étions seuls, pensifs, et nous avions quinze ans.
                   Alfred de Musset

 

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  A la mi-carême (extrait)
Les femmes et les fleurs appellent le zéphyr ;
Et du fond des boudoirs les belles indolentes,
Balançant mollement leurs tailles nonchalantes,
Sous les vieux marronniers commencent à venir.
Alfred de Musset

 

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Le Marronnier

Là tout tout contre la maison
Fier sur ses racines
Du haut de ses quatre siècles au moins je crois
Un marronnier étale ses immenses branches
Etale son ombre rassurante
J’aime sous lui m’étendre
Fermer les yeux et me laisser aller (...)
Je t’imagine toi mon compagnon de chaque jour
Aux temps anciens
Aux temps des sécheresses d’été
Quand les moissons étaient faites
Tout le hameau ivre de fatigue
Installant quelques planches, quelques tréteaux
Pour des ripailles jusqu’à la naissance du jour
Un violon, une trompette et un tambourin
À moins que ce ne soit l’ancestrale vielle
Et des sifflets de bouviers
Et ces rires gras que le vin fait naître
Peu importe, je sais que ton tronc se mettait à danser
Je t’aime, je suis tout toi et tu le sais ...
 Guy Jouberton

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La feuille de marronnier, motif emblématique de l'art nouveau des années 1900, se retrouve sur les impostes des fenêtres, sur les balcons anciens en fer forgé, sur les frises en céramiques et également dans les ouvrages, comme  "La plante et ses applications ornementales" édité sous la direction d'Eugène Grasset, et illustré par ses élèves. Ci-dessous, il s'agit de planches consacrées au marronnier, illustrées respectivement par les élèves Juliette Milesi (page 53) et Anna Martin (page 54).

 

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... Et la pluie dans les mains frêles des marronniers
    Glisse et s'effrite comme la vie d'un prisonnier ...

         Michel Manoll (Bouquet d'arbres, extrait)

 

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Mes Sources :

Les plus beaux arbres de Michel Viard Editions La Maison Rustique Flammarion

La saga des arbres de Michel Viard Editions la Maison Rustique Flammarion

Le site : http://www.lesarbres.fr

Site consacré à Eugène Grasset : http://eugene.grasset.perso.sfr.fr/

Le site de Michel Grau : http://m.grau.perso.sfr.fr/

Le site : http://eli-paseosartnouveau.blogspot.fr/

 

Vous pouvez trouver les références des peintures ou illustrations en pointant la souris sur l'image

 

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Published by Clairedelune - dans Auprès de mon arbre
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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 19:30

C'est en me promenant hier sous un bon soleil printannier que j'ai découvert cette belle orchidée jaune, sur le talus au bord du chemin. Il ne reste plus qu'à se souvenir de son nom ...

 

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Ophrys lutea vus aux environs de Caux et Sauzens (Aude) le 13 avril 2014

 

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Published by Clairedelune - dans Fleurs de nos régions
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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 13:00

Ce week-end, je vous laisse en compagnie des chats de Paris, si bien décrits par la plume de Joseph Delteil. Bien sûr, on comprend pourquoi ils hantent les toits de la capitale : vue imprenable sur les monuments bijoux de la ville, sur l'enchevêtrement des cheminées et aux 1ères loges pour profiter des chauds rayons du soleil ou du calme de la nuit ... Une position privilégiée !

 

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Un long miaulement a préludé, lointain et lunatique, âpre, issu des régions pâles de la chair. Sur les dômes, sur les tuiles, des bombes de soleil couchant éclatent en fantasmagories, en arcs-en-ciel. Puis, le silence replie ses ailes sous les porches du crépuscule. Les arbres s'endorment dans leurs feuilles, les cloches dans leurs soutanes. Et voici qu'un grattement de gouttière donne le signal des spasmes de nuit. De toutes parts surgissent les chats de lune et de laine, les chats de l'ouate et du songe, les chats des cantharides, aux lucarnes du soir. Ils viennent à pas lents par tous les chemins de poil, en rangs épais, sifflant leurs moustaches d'or.

 

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 Vêtus des dépouilles des dieux, ils déambulent dans le Temps avec les ongles de l'Esprit. Pas de saut occidental, mais cette allure d'Asie où je reconnais le cours des fleuves, le cours des âges. Ils avancent en monarques obscurs, d'accord avec les lois de la gravitation universelle. Leurs fourrures luisent là-haut, là-bas, dans les espaces vierges de la pensée. Ils sont gras comme des patriarches à vin, avec leurs barbes qui pendent le long des cheminées et leurs queue enroulée aux comètes. Ils ronronnent à plein dos, dans les plates-bandes du crépuscule, dans les parages de l'Immaculée-Conception, le long des toits du ciel. Ce sont les chats baladeurs en quête d'âmes-soeurs et de constellations amies. [...]

 

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Tous les chats de Paris sont sur les toits de Paris. Il y a là le chat blanc de la crémière, bas sur pattes, ocré, rond, ronron, la langue épaisse, gourmand de lait et de crémières. Il y a le chat de Madame Durand, ocellé, roué, tout écrit comme un journal, pareil à un petit zèbre de l'air. Et le minet de la bonne, au cinquième, lâche et chaud dans son pelage bleu-blanc-rouge. Sur les toits des Champs-Elysées sont les beaux chats de la bourgeoisie, les grands angoras joufflus, pleins de principes et de lois, la rosette au poitrail, avec leurs moustaches de gendarme et leurs fourrures de chez Paquin. Plus loin, voici les chats du Champ-de -Mars, la queue en trompette, la tête en forme de képi, guerriers d'appartements en service au poste de T.S.F. Et puis les chats du XVè, les chats des petites toitures de fortune, en manches de chemise, en caleçon, lestes, faméliques, poivrots de lune. Et les matous du Bois, silencieux, confortables, épris de fortunes et de bonnes fortunes, les Rolls-Royce des chats.

 

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Et les chats de Montmartre et des Batignolles, chats des bistrots et des cours à linge, aigus, inverses, maigres de vices, luisants de coco, la queue à l'envers. Et les chats du Boulevard de la Chapelle, en casquette à carreaux, juchés sur les piles du Métro. Et les chats d'Italie, pauvres chats de misère noire, frères cadets des rats, nourris de miettes et de coups de pieds. Et les chats du Luxembourg, chats étudiants, blanchis sous le harnais, chats sorbonniques, chats parchemin. Et les chats des douairières, obèses, fardés, chats à gigolos. Et voici encore les petits chats des dactylos, la patte métallique, la frimousse en poudre de riz. Et les minous des berges, dîneurs de guinguettes et de trémolos, en équilibre sur les trapèzes des dimanches. Et les plus jolis des chats, les chats gringalets des midinettes, au nez polisson, aux ongles sentimentaux.

 

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Toute la gamme des chats, chats splendides et chats misérables, chats de corde et chats d'ange, grand vol de chats ailés posés sur Paris par la lune.[...] Chats de nuit, chats d'étoiles ...  [...] Chats de mousse et de plume et de peau, chats de soie et chats d'or, chats pendus par la queue aux chambranles de l'ombre, chats enveloppés de siècles en cendres, chats éternels de la chair, chats des cataclysmes debout dans les ruines du coeur, chats sans sondes, chats des mers ... [...]

 

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Texte : Joseph Delteil  - Les chats de Paris   (à suivre) 

 Pour découvrir la suite, cliquez sur : Les chats de Paris (2)


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Published by Clairedelune - dans Mes Chats
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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 20:00

N'oubliez pas ce soir d'avancer vos montres, réveils, téléphones et horloges d'une heure : soixante minutes de sommeil s'envoleront cette nuit ... C'est ce qu'on appelle "être en avance sur son temps" !

 

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Les horloges (extrait)

La nuit, dans le silence en noir de nos demeures,
Béquilles et bâtons qui se cognent, là-bas;
Montant et dévalant les escaliers des heures,
Les horloges, avec leurs pas ;

Émaux naifs derrière un verre, emblèmes
Et fleurs d'antan, chiffres maigres et vieux;
Lunes des corridors vides et blêmes,
Les horloges, avec leurs yeux ;

Sons morts, notes de plomb, marteaux et limes
Boutique en bois de mots sournois,
Et le babil des secondes minimes,
Les horloges, avec leurs voix ; [...]

Emile Verhaeren

 

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Published by Clairedelune - dans Art et Culture
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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 08:00

En ce jeudi 20 mars, oublions les nuages et la pollution, les particules fines et les voitures diesel, les gaz d'échappement et les difficultés respiratoires, pour humer cet air doux et parfumé que répand le printemps dans son sillage ! Que ce soit à Paris ou en province, les fleurs sont partout, en bouquets colorés au mileu des habitations ou en taches gaies dans la verdure ... Les bourgeons pointent, les feuilles poussent, les manches raccourcissent tandis les jours rallongent et nos pieds frétillent en attendant de partir en promenade pour voir cette métamorphose.

 

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Pour faire tous les coeurs contents
Avril revient. C'est le printemps
Qui pleure, qui rit et barbotte,
Et qui, chargé de falbalas,
Nous offre ses premiers lilas
"Fleurissez-vous ! deux sous la botte !"

Albert Mérat (extrait de Fleurs de Paris)

 

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L'air était pur, la nuit régnait sans voiles ;
Elle riait du dépit de l'amour :
Il aime l'ombre, et le feu des étoiles,
En scintillant, formait un nouveau jour.

Tout s'y trompait. L'oiseau, dans le bocage,
Prenait minuit pour l'heure des concerts ;
Et les zéphyrs, surpris de ce ramage,
Plus mollement le portaient dans les airs.

Tandis qu'aux champs quelques jeunes abeilles
Volaient encore en tourbillons légers,
Le printemps en silence épanchait ses corbeilles
Et de ses doux présents embaumait nos vergers.

Ô ma mère ! On eût dit qu'une fête aux campagnes,
Dans cette belle nuit, se célébrait tout bas ;
On eût dit que de loin mes plus chères compagnes
Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.

J'écoutais, j'entendais couler, parmi les roses,
Le ruisseau qui, baignant leurs couronnes écloses,
Oppose un voile humide aux brûlantes chaleurs ;
Et moi, cherchant le frais sur la mousse et les fleurs,

Je m'endormis. Ne grondez pas, ma mère ...

Marceline DESBORDES-VALMORE : Les roses (extrait)

 

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Les désespoirs sont morts, et mortes les douleurs.
L'espérance a tissé la robe de la terre ;
Et ses vieux flancs féconds, travaillés d'un mystère,
Vont s'entr'ouvrir encor d'une extase de fleurs. [...]

Les ciels nus du matin frissonnent de pudeur ;
L'émeute verte éclate aux ramures vivaces ;
Et la vie éternelle arrivant des espaces
En ruisseaux de parfums coule à travers le coeur.

Voici que le printemps s'avance sous les branches,
Nu, candide et mouillé dans un jeune soleil ;
Et les cloches tintant parmi l'azur vermeil
Versent une allégresse au coeur des maisons blanches.

Albert Samain - Printemps (extraits)

 

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            Fleurs d'aurore

Comme au printemps de l'autre année,
Au mois des fleurs, après les froids,
Par quelque belle matinée,
Nous irons encore sous bois.

Nous y verrons les mêmes choses,
Le même glorieux réveil,
Et les mêmes métamorphoses
De tout ce qui vit au soleil.

Nous y verrons les grands squelettes
Des arbres gris, ressusciter,
Et les yeux clos des violettes
À la lumière palpiter.

Sous le clair feuillage vert tendre,
Les tourterelles des buissons,
Ce jour-là, nous feront entendre
Leurs lentes et molles chansons.

Ensemble nous irons encore
Cueillir dans les prés, au matin,
De ces bouquets couleur d'aurore
Qui fleurent la rose et le thym.

Nous y boirons l'odeur subtile,
Les capiteux aromes blonds
Que, dans l'air tiède et pur, distille
La flore chaude des vallons.

Radieux, secouant le givre
Et les frimas de l'an dernier,
Nos chers espoirs pourront revivre
Au bon vieux soleil printanier.

En attendant que tout renaisse,
Que tout aime et revive un jour,
Laisse nos rêves, ô jeunesse,
S'envoler vers tes bois d'amour !

Chère idylle, tes primevères
Éclosent en toute saison ;
Elles narguent les froids sévères
Et percent la neige à foison.

Éternel renouveau, tes sèves
Montent même aux coeurs refroidis,
Et tes capiteuses fleurs brèves
Nous grisent comme au temps jadis.

Oh ! oui, nous cueillerons encore,
Aussi frais qu'à l'autre matin,
Ces beaux bouquets couleur d'aurore
Qui fleurent la rose et le thym.

Nérée BEAUCHEMIN

 

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La brise émeut les rameaux bruns,
L'aube déjà blanchit le store ;
Tout devient rose, c'est l'aurore !
Le palais s'emplit de parfums.

L'air du ciel mêle le ramage
Des fontaines et des oiseaux ;
Les fleurs de la terre et des eaux
Offrent au printemps leur hommage ...

Ô feuilles des saules tremblants,
Vous êtes de l'or fin ! Vous êtes
Une neige chère aux poètes,
Ô fleurs dont les poiriers sont blancs.

Emile Blémont

 

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Perce Neige (extrait)

Radieuses apothéoses
Du soleil d'or et du ciel bleu,
Fraîche gloire des printemps roses,
Pourquoi donc durez-vous si peu ?

Pourquoi donc êtes-vous si brèves,
Aubes de l'enfance ? Beaux jours,
Si pleins d'aromes et de sèves,
Pourquoi donc êtes-vous si courts ? [...]

Ô fleurs, vous n'êtes pas finies !
Les plus tristes de nos saisons
Auront encor des harmonies
Et des regains de floraisons.

La mortelle saison du givre
N'a pas tué toutes nos fleurs :
Nous pourrons encore revivre
Le passé, dans des jours meilleurs.

Nérée Beauchemin

 

http://lh6.googleusercontent.com/-8konUypB-8o/T4qOwap23RI/AAAAAAAAPPc/B4TLCVnk-DM/s640/Henri%2520Martin%2520-%2520Young%2520Woman%2520Walking%2520by%2520the%2520Field%252C%25201889m.jpg

 

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Published by Clairedelune - dans Nature en poésie
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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 00:00

Les vertes prairies couvertes de petites fleurs donnent une envie folle de gambader et de folâtrer sur ce beau tapis, ivre des belles couleurs et des bonnes senteurs qui commencent à envahir jardins et campagne ! Plaisir aussi d'admirer (et de taquiner) les vaches dans les champs parmi les pâquerettes, et de se dire avec enthousiame : demain, c'est le printemps !

 

http://3.bp.blogspot.com/-P-ByNZhy4bM/UPaz5BMgotI/AAAAAAAAVAw/gs5yVwuSFhg/s1600/emily-and-daisy+Elsa+Beskow+%281874+%E2%80%93+1953,+Swedish%29.jpg

 

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Published by Clairedelune - dans Folle des Vaches
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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 11:00

Nous ne voyons pas le vent même si nous en ressentons les effets et il est difficile de le décrire. Alors comment une petite fille aveugle peut-elle l'imaginer, elle qui vit dans le noir et essaie depuis toujours de savoir ce qu'est la couleur bleu. C'est un conte poétique que nous raconte Jean-Marie Gustave Le Clézio dans Peuple du ciel, un genre de rêve où les sensations de  Petite Croix prennent vie : sa manière de "voir" la lumière, les nuages ou les abeilles, est vivante et touchante. Mais c'est sa manière de décrire le vent que j'ai choisi de vous faire découvrir dans les extraits ci-dessous  ...

 

http://www.oilpaintingreproductions.us/images/artist/The%20Picnic%20Basket%20by%20John%20George%20Brown.jpg

 

Petite Croix aimait surtout faire ceci : elle allait tout à fait au bout du village et elle s'asseyait en faisant un angle bien droit avec la terre durcie, quand le soleil chauffait beaucoup. Elle ne bougeait pas, ou presque, pendant des heures, le buste bien droit, les jambes bien étendues devant elle. Quelquefois ses mains bougeaient, comme si elles étaient indépendantes, en tirant sur les fibres d'herbe pour tresser des paniers ou des cordes. Elle était comme si elle regardait la terre par dessous d'elle, sans penser à rien et sans attendre, simplement assise en angle droit sur la terre durcie, tout à fait au bout du village, là où la montagne cessait d'un seul coup et laissait la place au ciel ... Elle aimait bien sa place en haut de la falaise, là où les rochers et la terre sont cassés d'un seul coup et fendent le vent froid comme une étrave.

 

http://iamachild.files.wordpress.com/2013/04/wild-grass-near-everest.jpg?w=500&h=375

 

Petite Croix touchait la terre avec la paume de ses mains, elle suivait lentement du bout des doigts les petites rides laissées par le vent et la poussière, les sillons, les bosses. La poussière de sable faisait une poudre douce comme le talc qui glissait sous les paumes de ses mains. Quand le vent soufflait, la poussière s'échappait entre ses doigts, mais légère, pareille à une fumée, elle disparaissait dans l'air.

 

http://iamachild.files.wordpress.com/2012/12/barefoot-gal.jpg?w=500

 

Petite Croix aime bien quand il n'y a plus personne autour d'elle. Derrière son dos, les rues du village sont vides, si lisses que le vent ne peut jamais s'y arrêter, le vent froid du silence. Les murs des maisons à moitié ruinées sont comme les rochers, immobiles et lourds, usés par le vent, sans bruit, sans vie. Le vent, lui, ne parle pas, ne parle jamais. Il n'est pas comme les hommes et les enfants, ni même comme les animaux. Il passe seulement entre les murs, sur les rochers, sur la terre dure. Il vient jusqu'à Petite Croix et il l'enveloppe, il enlève un instant la brûlure du soleil de son visage, il fait claquer les pans de la couverture.

Si le vent s'arrêtait, alors peut-être qu'on entendrait les voix des hommes et des femmes dans les champs, le bruit de la poulie près du réservoir, les cris des enfants devant le bâtiment préfabriqué de l'école, en bas, dans le village des maisons de tôle. Peut-être que Petite Croix entendrait plus loin encore les trains de marchandises qui grincent sur les rails, les camions aux huit roues rugissantes sur la route noire, vers les villes plus bruyantes encore, vers la mer ?

 

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Le vent siffle et gémit sur les pierres, sur la terre dure. Ce sont de longs animaux rapides, des animaux au long nez et aux oreilles petites qui bondissent dans la poussière en faisant un bruit léger. Petite Croix connaît bien les animaux. Ils sortent de leurs tanières, à l'autre bout de la vallée, et ils courent, ils galopent, ils s'amusent à sauter par dessus les torrents, les ravins, les crevasses. De temps en temps, ils s'arrêtent, haletants, et la lumière brille sur leur pelage doré. Puis ils recommencent leurs bonds dans le ciel, leur chasse insensée, ils frôlent Petit Croix, ils bousculent ses cheveux et ses vêtements, leurs queues fouettent l'air en sifflant. Petite Croix tend les bras, pour essayer de les arrêter, pour les attraper par leur queue.

"Arrêtez ! Arrêtez-vous ! Vous allez trop vite ! Arrêtez-vous ! "

 

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Mais les animaux ne l'écoutent pas. Ils s'amusent à bondir tout près d'elle, à se glisser entre ses bras, ils soufflent leur haleine sur son visage. Ils se moquent d'elle. Si elle pouvait en attraper un, rien qu'un, elle ne le lâcherait plus. Elle sait bien ce qu'elle ferait. Elle sauterait sur son dos, comme sur un cheval, elle serrerait très fort ses bras autour de son cou, et waoh yap ! d'un seul bond l'animal l'emporterait jusqu'au milieu du ciel. Elle volerait, elle courrait avec lui, si vite que personne ne pourrait la voir. Elle irait haut par dessus les vallées et les montagnes, par-dessus les villes, jusqu'à la mer même, elle irait tout le temps dans le bleu du ciel. Ou bien elle glisserait au ras de la terre, dans les branches des arbres et sur l'herbe en faisant son bruit très doux comme l'eau qui coule. Ce qui serait bien. Mais Petite Croix ne peut jamais saisir un animal. Elle sent la peau fluide qui glisse entre ses doigts, qui tourbillonne dans ses vêtements et ses cheveux. Parfois les animaux sont très lents et froids comme les serpents.

 

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Petite Croix est toujours assise en équerre sur la terre dure et le soleil éclaire son visage de bronze. Le ciel est calme, comme s'il suspendait son souffle ... Puis le vent revient, froid maintenant, et elle tremble un peu sous sa couverture de laine. le soleil est bas, presque à l'horizontale, sa chaleur vient par bouffées, comme une haleine ... Elle tend les mains en avant, pour retenir l'air et la lumière. Elle ne veut pas s'en aller. Elle veut que tout reste, que tout demeure, sans retourner dans ses cachettes.

 

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J.M.G. Le Clézio - Peuple du ciel (extraits) de Mondo et autres histoires

 

 

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Published by Clairedelune - dans Au gré du vent
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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 08:00

Ce 22 février, mes pensées volent vers ma grande soeur Michèle à qui je souhaite, chaleureusement et floralement, un très heureux anniversaire en lui dédiant cette belle toile de Catrin Welz-Stein.

Que cette journée soit pour toi une bienfaisante halte dans ton trépidant quotidien. Flâner, ce n'est pas suspendre le temps mais s'en accomoder sans qu'il nous bouscule, disait Pierre Sansot dans son livre Du bon usage de la lenteur. Un jour pour se détendre, se poser, pour oublier, pour laisser ses pensées vagabonder ; un jour pour chantonner, pour profiter des heures et du soleil, des oiseaux et des fleurs ; un jour de quiétude pour apprivoiser l'année qui doucement s'est posée sur tes épaules,  pour respirer l'air du large et s'évader, en pensées ...

 

http://www.elizasdream.com/wp-content/uploads/2013/01/579949_348206898597034_104424074_n.jpg

 

Dans un parfum de roses blanches
Elle est assise et songe ;
Et l'ombre est belle comme s'il s'y mirait un ange.

Le soir descend, le bosquet dort ;
Entre ses feuilles et ses branches,
Sur le paradis bleu s'ouvre un paradis d'or.

Sur le rivage expire un dernier flot lointain.
Une voix qui chantait, tout à l'heure, murmure.
Un murmure s'exhale en haleine, et s'éteint.

Dans le silence il tombe des pétales ...

 

Charles VAN LERBERGHE 

 

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Published by Clairedelune - dans Pensées particulières
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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 18:00

Je vous invite aujourd'hui à faire une promenade paisible et instructive en forêt de Tronçais, en compagnie de Jacques Lacarrière, écrivain voyageur qui a parcouru la France en tous sens, le plus souvent à pied et pour conclure, du philosophe Jacques Chevalier :

 

http://www.fairesagnole.eu/forum/images/upload/Slalom/_137.jpg

 

Certains ont peur des forêts, non parce qu’il y fait sombre, qu’on s’y écorche aux ronces ou qu’il y a des loups, mais parce que, dès qu’elles bruissent dans la polyphonie des âges et des souffles, elles émettent un parfum d’ancestralité refoulée. Nous y pressentons des ombres inavouables, d’atterrants simulacres entre les frondaisons, des balbutiements inaudibles à deux pas de notre langage. […] J’y reviens néanmoins. Et j’en franchis l’orée le cœur léger sans la moindre peur d’y rencontrer l’ombre inavouable. Depuis que nous n’y vivons plus, les forêts, elles aussi, ont repris leur indépendance, se sont mises à avoir une histoire. Aujourd’hui elles sont élevées, éduquées, taillées, coupées, modelées par l’homme et pour lui.

http://www.bienvenue-a-la-ferme.com/thumb/generate/800x600/foret_de_troncais.jpg

 

Oui, j'y reviens et j'en franchis l'orée, le coeur léger, un matin de septembre. Je parcours une laie aérée, lumineuse, bordée de hêtres et de chênes, je parcours la forêt de Tronçais dans l'Allier, à mi-chemin de Bourges et de Montluçon, à mi-chemin aussi de l'histoire et de la légende. Une des plus belles, une des plus vieilles forêts de France. Une de celles qu'aima et visita Colbert et qui lui doit ses arbres immenses et multicentenaires, qui lui doit d'être aujourd'hui le royaume et le musée du chêne. Du chêne, je ne savais pas grand chose avant de venir à Tronçais, si ce n'est qu'il produit des glands, attire la foudre et se rompt sous l'orage (à l'inverse du roseau comme chacun le sait). Maintenant que j'en ai contemplé certains, caressé quelque-uns, maintenant que j'ai écouté leurs rumeurs et leurs propos en l'air certains jours de vent, je commence à mieux les connaître. Ici, pas d'yeuses ni de chênes-lièges mais des essences nobles : chêne rouvre avant tout sous sa forme sessile ou sa forme pédonculée. Sessile, cela veut dire : dont les glands sont fixés sur la tige directement, sans pédoncule. Et pédonculé, dont les glands sont au contraire au bout d'un pédoncule […] Et d'autres choses, moins apparentes encore, se découvrent peu à peu à mesure des promenades et des observations : le pétiole des feuilles qui peut être court ou long ; la forme des lobes, symétrique ou asymétrique ; l'absence ou la présence d'oreillettes à la base du pétiole. Pour aller ou pour voir au delà, il faut alors changer d'échelle et devenir insecte.

 

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http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/76/Illustration_Quercus_robur0_clean.jpg

 

Tronçais est une forêt à trois étages. Tout en haut, les frondaisons de chênes, plus bas celles des hêtres, plus bas encore celles des charmes et des noisetiers. La vie d'un chêne rouvre est une leçon de gérontologie. Il est un peu le séquoia de nos forêts. Sa croissance est si lente qu'il faut au moins trente ans pour qu'on ait le sentiment d'apercevoir un début d'arbre. Au bout de soixante ans, il peut atteindre trente mètre de haut mais son tronc reste encore étonnamment gracile ; c'est le perchis. Au bout d'un siècle, on arrive à la jeune futaie. Pour un rouvre, la jeunesse commence à cent ans. Avant, il n'y a que balbutiements des semis, enbrouillaminis des fourrés, élans de gaulis et perchis vers le ciel, toute une adolescence bourgeonneuse et brouillonne. La vieille futaie, forme accomplie de l'arbre, commence à deux cents ans. Mais un chêne peut vivre bien plus vieux. Simplement, passé un certain âge, il commence à se déhydrater, se racornir, il se dévalorise. Il ne sert plus à rien pour les humains. Toutefois, il pourrait continuer à grandir pour lui et ce pendant des siècles encore. Mais cette idée - laisser un arbre grandir et vieillir à sa guise - est le comble de l'absurde pour un forestier. C'est pourquoi beaucoup de chênes meurent debout dans la fleur de l'âge.

 

http://images.fineartamerica.com/images-medium-large-5/oak-forest-of-troncais-bourbonnais-christian-guy.jpg

 

Il y a ici des arbres si grands et si vieux qu'on a fini par leur donner un nom, comme aux aïeux célèbres. Nommer les arbres, voilà une occupation académique ! ... Un pas de plus en cette révélation et l'on atteint l'humus de l'individualité végétale. Dans cette forêt, aucun chêne ne ressemble trait pour trait, tronc pour tronc, à un autre. La même diversité se lit entre eux qu'entre les espèces animales. Mais les différences entre deux chênes sont moins sensibles que celles entre deux chiens, par exemple, et comme les arbres sont immobiles, à la différence des chiens, la nature du sol joue un rôle essentiel dans leur croissance et dans leur apparence. Nommer un arbre c'est dire qui il est mais aussi où il est et d'où il est. Les noms donnés ici sont génériques comme La Sentinelle, Le Chevelu, Les Jumeaux, Le Trio, ou se réfèrent à des personnalités de l'endroit, écrivains surtout comme le chêne Emile Guillaumin, Jacques Chevalier, ou Charles-Louis Philippe. Le garde forestier pourrait sûrement en nommer bien d'autres qui n'ont pas de nom. Mais voilà : nommer un arbre, n'est-ce pas établir avec lui des rapports de familiarité, voire de compagnonnage, et plus tard, quand viendra l'échéance, pourra-t-on de gaieté de coeur abattre un chêne que depuis longtemps on tutoie ?

 

http://www.laroutedeschenes.fr/wp-content/uploads/2011/02/DSC_0214.jpg

 

Grande forêt, certes, aujourd'hui encore. Mais ridiculement restreinte à côté de ce qu'elle fut jadis. Il ne demeure de l'antique forêt de Tronçais que des bribes boisées, placées désormais sous haute surveillance. Et pourtant même ici, en ces parcelles modestes, entrecoupées de routes, de chemins, de sentes et de laies, même ici, presque personne ne s'aventure. L'ombre inavouable rôderait-elle encore ? Autrefois, cette forêt était pour ses riverains un lieu d'usages et de pacages. On allait y chercher du bois et faire paître les porcs. On allait aussi s'y cacher quand c'était nécessaire. Refuge, asile, sauveterre, la forêt mariait les mots sylve et salve. Elle faisait peur mais elle sauvait. Elle était habitée d'ombres nombreuses et humaines, celles des charbonniers et ramasseurs de mousse. Aujourd'hui, elle est quasi déserte. A part les bûcherons et les chasseurs à courre, on y voit peu de familiers.

 

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Et, devenue profane, elle est devenue prosaïque. Les gardes en velours vert ont remplacé les druides en manteau blanc. Mais de cela, je me doutais un peu en allant à Tronçais. Si vous aimez la solitude, c'est ici qu'il faut venir marcher. "C'est qu'on ne voit pas grand monde se promener ainsi !" me dit un bûcheron, en me voyant déboucher d'un fourré, carte d'état-major en mains. "Personne ne vient par ici, d'habitude. Les gens, on dirait qu'ils ont peur. Peur de quoi ? Il n'y a rien à craindre ici, même pas des satyres !" fait-il avec un gros clin d'oeil à son compagnon. C'est vrai. Il n'y a absolument rien à craindre ici. Ni loups, ni ours, ni brigands ni satyre ni elfes ni kobolds. A Tronçais, il n'y a que les arbres et soi. Que les rumeurs et soi. Que le silence et soi. Et c'est cela sans doute qu'il est si difficile de supporter, pour un citadin. Etre seul avec soi. Beaucoup de gens ont peur de se perdre en forêt. En fait, ce qu'ils redoutent sans le savoir, ce n'est pas tant de perdre leur chemin que la perte de soi.

 

http://baignereau.pagesperso-orange.fr/troncais/arbres/images/jumeaux4.jpg http://baignereau.pagesperso-orange.fr/troncais/arbres/images/sentinelle3.jpg

 

1986. Futaie Colbert. Arbres semés au temps du Surintendant. Age moyen : trois cents ans. Grandes éclaircies sous un ciel mouvementé. Radieux jeux d'ombres et de lumières pour un Versailles absent. Semer, planter des arbres, surtout des chênes, c'est faire confiance aux hommes et au temps. Au siècle de Colbert, on ne prévoyait que des guerres maritimes avec des navires à voiles et en bois. Il y a quelque chose d'admirable et de triste à la fois dans le destin de cette forêt. Elle ne doit son actuelle survie et sa présente grandeur qu'à l'invention de la vapeur et à la fin de la marine à voiles. Ce que j'admire aujourd'hui en cette futaie, ce sont des arbres rescapés. Colbert aimait-il vraiment les chênes ou préférait-il les navires ? A l'époque, l'un n'allait pas sans l'autre et c'est pourquoi il fit planter des chênes. Mais ils devinrent caduques, comme leurs feuilles, et ne connurent jamais la mer. Triste sort ou heureux hasard ? Ces rumeurs qui ne cessent de hanter les halliers, sont-elles déception, sont-elles soulagement ? - Non. C'est le vent. Le vent tout simplement, me dit un garde.

  Jacques Lacarrière - Identification d'une forêt (extraits)

Tiré du livre Flâner en France  Editeur Christian Pirot

 

http://www.paysdetroncais.com/wp-content/uploads/2012/04/panomorat.jpg

 

L’immensité, à Tronçais, se révèle dès le premier coup d’œil. La forêt surprend, par son mouvement et par sa force, le voyageur qui la découvre au sortir des "plaines décolorées" du Berry. Elle l’enchante par sa beauté calme et apaisante lorsqu’elle lui apparaît sur le versant des terrains primitifs, qu’elle revêt comme d’un manteau : elle occupe tout l’horizon de l’ondulation de ses vagues monstrueuses ; elle ne le barre pas d’une ligne nette, comme l’océan, mais elle semble le prolonger jusqu’à l’infini et s’enfoncer, suivant l’expression de Charles-Louis Philippe "en des profondeurs au bout desquelles on devine tous les pays du vent".

 

Jacques Chevalier - Beauté de la forêt de Tronçais
(La forêt Tronçais en Bourbonnais)

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Published by Clairedelune - dans Auprès de mon arbre
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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 22:00

C'est dans la toute petite commune de Miraval-Cabardès, dans l'Aude, que j'ai découvert les décorations et sculptures inattendues de cette porte dont l'accès est "réservé au service". Peut-être s'agit-il encore d'un réduit cachant des armoires électriques ou d'un local de rangement municipal ? Moi, c'est pour randonner que je fréquente ces lieux tout simples ou vivent une quarantaine d'habitants. On peut y admirer une belle église "Notre Dame de la Lauze" ainsi que les ruines d'un château, tandis que la plupart des maisons et la mairie sont de l'autre côté du pont passant l'Orbiel. 

 

Porte-Caudeval.jpg

 

Porte-Miraval-zoom.jpg

 

P1130942-copie-1.JPG

 

Pour télécharger les itinéraires de randonnées au départ de Miraval-Cabardès : cliquez ici

 

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Published by Clairedelune - dans De Portes en Portes
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