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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 10:00

Les chemins de promenades sont comme ceux de la vie : droits ou pleins de détours, aisés ou ardus, agréables ou déplaisants, et à moins d'un sens inné de l'orientation, mieux vaut suivre le balisage, les panneaux indicateurs ou se munir de plans pour arriver à destination sans se perdre. D'autant plus qu'il y a plusieurs espèces de marcheurs, ceux qui courent, qui tombent, qui se dispersent, et puis ceux qui s'égarent et tournent en rond. Certains s'engagent dans les sentiers avec plaisir et facilité, alors que pour d'autres ce sera le parcours du combattant, un cauchemar parfois. Alors, comme le randonneur se fie aux cartes, cherche sur les arbres les marques jaunes, blanches et rouges et ajoute parfois sa pierre aux cairns, ces amas de cailloux marquant l'itinéraire, de même on cherche dans la vie ces ancrages, ces balises, ces repères qui nous guideront tout au long de notre existence et nous permettront d'arriver à bon port. En guise d'illustration, plongez dans les histoires émouvantes et pleines de bon sens du Petit et du Vieux Poucets, sous les plumes conjuguées de Charles Perrault et Pierre Gabriel.

    Chemin-des-ruisseaux.jpg  Panneaux-indicateurs.jpg 

Le Petit Poucet

Il était une fois un Bûcheron et une Bûcheronne qui avaient sept enfants tous garçons. L'aîné n'avait que dix ans, et le plus jeune n'en avait que sept. On s'étonnera que le Bûcheron ait eu tant d'enfants en si peu de temps ; mais c'est que sa femme allait vite en besogne, et n'en faisait pas moins que deux à la fois. Ils étaient fort pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu'aucun d'eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c'est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot : prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était fort petit, et quand il vint au monde, il n'était guère plus gros que le pouce, ce qui fit que l'on l'appela le petit Poucet. Ce pauvre enfant était le souffre-douleur de la maison, et on lui donnait toujours tort. Cependant il était le plus fin, et le plus avisé de tous ses frères, et s'il parlait peu, il écoutait beaucoup.

 Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande, que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que ces enfants étaient couchés, et que le Bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le coeur serré de douleur : Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants ; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu de les mener perdre demain au bois, ce qui sera aisé, car tandis qu'ils s'amuseront à fagoter, nous n'avons qu'à nous enfuir sans qu'ils nous voient.

 Ah ! s'écria la Bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même mener perdre tes enfants ? Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir, elle était pauvre, mais elle était leur mère. Cependant ayant considéré quelle douleur ce leur serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant.

 Le petit Poucet ouït tout ce qu'ils dirent, car ayant entendu de dedans son lit qu'ils parlaient d'affaires, il s'était levé doucement, et s'était glissé sous l'escabelle de son père pour les écouter sans être vu. Il alla se coucher et ne dormit point le reste de la nuit, songeant à ce qu'il avait à faire. Il se leva de bon matin, et alla au bord d'un ruisseau, où il emplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint à la maison. On partit, et le petit Poucet ne découvrit rien de tout ce qu'il savait à ses frères. Ils allèrent dans une forêt fort épaisse, où à dix pas de distance on ne se voyait pas l'un l'autre. Le Bûcheron se mit à couper du bois et ses enfants à ramasser les broutilles pour faire des fagots. Le père et la mère, les voyant occupés à travailler, s'éloignèrent d'eux insensiblement, et puis s'enfuirent tout à coup par un petit sentier détourné.

 Lorsque ces enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force. Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison, car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu'il avait dans ses poches. Il leur dit donc : ne craignez point, mes frères ; mon Père et ma Mère nous ont laissés ici, mais je vous ramènerai bien au logis, suivez-moi seulement. Ils le suivirent et il les mena jusqu'à leur maison par le même chemin qu'ils étaient venus dans la forêt ...

Charles Perrault (extrait)

 

 

 

    Le Vieux Poucet

Il a marché la vie entière
Sur les sentiers du bout du monde.
Jour après jour il n'a cessé
D'interroger l'herbe et le vent,
De chercher sur le sol les repères
Qu'il avait semés tout enfant,
Ses vieux poèmes oubliés,
Graines vives, bulles de songes
Pour mieux retrouver son chemin.

Parfois s'amorce sous la neige
Une trace aussitôt perdue,
Ses pas s'égarent dans la boue.
Et toute route est sans issue.

Mais il va droit sans s'attarder,
Le poids des ans sur les épaules,
Car l'espoir ne l'a pas quitté
De voir enfin, alors que la nuit tombe,
Briller doucement dans le noir
Les cailloux blancs de la mémoire.

Pierre Gabriel (recueil L'oiseau de nulle part)

       

Cairn.jpg

    

 

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