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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 22:30

C'est en compagnie de Cosette et Marius, célèbre couple des Misérables de Victor Hugo, et des toiles d'un de mes peintres préférés, Henri Martin que je vous invite à fêter les amoureux pour finir cette journé du 14 février. Une bien tendre célébration !

 

http://www.devoir-de-philosophie.com/images_dissertations/27108.jpg

 

Ils vivaient dans ce ravissant état qu'on pourrait appeler l'éblouissement d'une âme par une âme.

 

http://img1.liveinternet.ru/images/attach/c/8/101/507/101507499_0019Henri_Jean_Guillaume_Martin_18601943__French_PostImpressionist_painter__Tutt_Art_12_.jpg

 

... Quand ils étaient là, ce jardin semblait un lieu vivant et sacré. Toutes les fleurs s'ouvraient autour d'eux et leur envoyaient de l'encens ; eux, ils ouvraient leurs âmes et les répandaient dans les fleurs. La végétation lascive et vigoureuse tressaillait pleine de sève et d'ivresse autour de ces deux innocents, et ils disaient des paroles d'amour dont les arbres frissonnaient. Qu'étaient-ce que ces paroles ? Des souffles. Rien de plus. Ces souffles suffisaient pour troubler et pour émouvoir toute cette nature. Puissance magique qu'on aurait peine à comprendre si on lisait dans un livre ces causeries faites pour être emportées et dissipées comme des fumées par le vent sous les feuilles. Otez à ces murmures de deux amants cette mélodie qui sort de l'âme et qui les accompagne comme une lyre, ce qui reste n'est plus qu'une ombre ;

 

http://uploads6.wikipaintings.org/images/henri-martin/amour.jpg

 

Marius se figurait la vie avec Cosette comme cela, sans autre chose ; venir tous les soirs rue Plumet, déranger le vieux barreau complaisant de la grille du président, s'asseoir coude à coude sur ce banc, regarder à travers les arbres la scintillation de la nuit commençante, faire cohabiter le pli du genou de son pantalon avec l'ampleur de la robe de Cosette, lui caresser l'ongle du pouce, lui dire tu, respirer l'un après l'autre la même fleur, à jamais, indéfiniment. Pendant ce temps-là les nuages passaient au dessus de leur tête. Chaque fois que le vent souffle, il emporte plus de rêves de l'homme que de nuées du ciel.

 

http://1.bp.blogspot.com/-yPI1NslcxfM/UTdFueVl0kI/AAAAAAACgdY/mKbD8RS_W7w/s1600/Henri+Jean+Guillaume+Martin+1860-1943+-+French+Post-Impressionist+painter+-+Tutt%27Art@+%281%29.jpeg

 

Que ce chaste amour presque farouche fût absolument sans galanterie, non. "Faire des compliments" à celle qu'on aime est la première façon de faire des caresses, demi-audace qui s'essaie. Le compliment, c'est quelque chose comme le baiser à travers le voile. La volupté y met sa douce pointe, tout en se cachant. Devant la volupté le coeur recule, pour mieux aimer. Les cajoleries de Marius, toutes saturées de chimère, étaient, pour ainsi dire, azurées. Les oiseaux, quand ils volent là-haut du côté des anges, doivent entendre de ces paroles-là. Il s'y mêlait pourtant la vie, l'humanité, toute la quantité de positif dont Marius était capable. C'était ce qui se dit dans la grotte, prélude de ce qui se dira dans l'alcôve, une effusion lyrique, la strophe et le sonnet mêlés, les gentilles hyperboles du roucoulement, tous les raffinements de l'adoration arrangés en bouquet et exhalant un subtil parfum céleste, un ineffable gazouillement de coeur à coeur.

 

http://uploads4.wikipaintings.org/images/henri-martin/landscape-with-couple.jpg

 

Toute la personne de Cosette était naïveté, ingénuité, transparence, blancheur, candeur, rayon. On eût pu dire de Cosette qu'elle était claire. Elle faisait à qui la voyait une sensation d'avril et de point du jour. Il y avait de la rosée dans ses yeux. Cosette était une condensation de lumière aurorale en forme de femme. Il était tout simple que Marius, l'adorant, l'admirât. Mais la vérité est que cette petite pensionnaire, fraîche émoulue du couvent, causait avec une pénétration exquise et disait par moments toutes sortes de paroles vraies et délicates. Son babil était de la conversation. elle ne se trompait sur rien, et voyait juste. La femme sent et parle avec le tendre instinct du coeur, cette infaillibilité. Personne ne sait comme une femme dire des choses à la fois douces et profondes. la douceur et la profondeur, c'est là toute la femme ; c'est là tout le ciel.

 

http://uploads4.wikipaintings.org/images/henri-martin/the-lovers-1.jpg

 

Le permanent et l'immuable subsistent. On s'aime, on se sourit, on se rit, on se fait des petites moues avec le bout des lèvres, on s'entrelace les doigts des mains, on se tutoie, et cela n'empêche pas l'éternité. Deux amants se cachent dans le soir, dans le crépuscule, dans l'invisible, avec les oiseaux, avec les roses, ils se fascinent l'un l'autre dans l'ombre avec leurs coeurs qu'ils mettent dans leurs yeux, ils murmurent, ils chuchotent, et pendant ce temps-là, d'immenses balancements d'astres emplissent l'infini.

 

http://4.bp.blogspot.com/-jQ1ZJKwd5NY/TZyhTZjYjlI/AAAAAAABNg0/NOJbPfA5WVg/s1600/Henri%2BMartin-Idylle.jpeg

 

  Marius avait momentanément oublié tout cela ; il ne savait même pas le soir ce qu'il avait fait le matin, ni où il avait déjeuné, ni qui lui avait parlé ; il avait des chants dans l'oreille qui le rendaient sourd à toute autre pensée, il n'existait qu'aux heures où il voyait Cosette. Alors, comme il était dans le ciel, il était tout simple qu'il oubliât la terre. Tous deux portaient avec langueur le poids indéfinissable des voluptés immatérielles. Ainsi vivent des somnambules qu'on appelle les amoureux ! ... Aimer remplace presque penser. L'amour est un ardent oubli du reste. Pour Cosette et Marius rien n'existait plus que Marius et Cosette. L'univers autour d'eux était tombé dans un trou. Ils vivaient dans une minute d'or. Il n'y avait rien devant, rien derrière.

 

http://www.oceansbridge.com/paintings/artists/new/henri-martin/Henri-Martin-xx-The-Lovers.jpg

 

De quoi donc parlaient-ils, ces amants ? On l'a vu, des fleurs, des hirondelles, du soleil couchant, du lever de la lune, de toutes les choses importantes. Ils s'étaient dit tout, excepté tout. Le tout des amoureux, c'est le rien... Donc, ces deux êtres vivaient ainsi, très haut, avec toute l'invraisemblance qui est dans la nature ; ni au nadir, ni au zénith, entre l'homme et le séraphin, au dessus de la fange, au dessous de l'éther, dans le nuage ; à peine os et chair, âme et extase de la tête aux pieds ; déjà trop sublimés pour marcher à terre, encore trop chargés d'humanité pour disparaître dans le bleu, en suspension comme des atomes qui attendent le précipité ; en apparence hors du destin, ignorant cette ornière, hier, aujourd'hui, demain ; émerveillés, pâmés, flottants, par moments, assez allégés pour la fuite dans l'infini ; presque prêts pour l'envolement éternel.

 

http://2.bp.blogspot.com/-7WKJJGxZLlM/UTdHrzk7SBI/AAAAAAACgh4/sCp9Vdj9vnk/s1600/Henri+Jean+Guillaume+Martin+1860-1943+-+French+Post-Impressionist+painter+-+Tutt%27Art@+%287%29.jpg

 

Ils dormaient éveillés dans ce bercement. O léthargie spendide du réel accablé d'idéal ! Quelquefois, si belle que fût Cosette, Marius fermait les yeux devant elle. Les yeux fermés, c'est la meilleure manière de regarder l'âme. Marius et Cosette ne se demandaient pas où cela les conduirait ; ils se regardaient comme arrivés. C'est une étrange prétention des hommes de vouloir que l'amour conduise quelque part.

 

http://uploads7.wikipaintings.org/images/henri-martin/brides-walk-under-the-apple-trees.jpg

 

Puretés limpides. Heures toutes blanches ; presque toutes pareilles. Ce genre d'amours-là est une collection de feuilles de lis et de plumes de colombes.... Jamais le ciel n'avait été plus constellé et plus charmant, les arbres plus tremblants, la senteur des herbes plus pénétrante ; jamais les oiseaux ne s'étaient endormis dans les feuilles avec un bruit plus doux ; jamais toutes les harmonies de la sérénité universelle n'avaient mieux répondu aux musiques intérieures de l'amour ; ... il semblait qu'ils eussent tellement mêlé leurs âmes que, s'ils eussent voulu les reprendre, il leur eût été impossible de les reconnaître ... Marius était quelque chose qui faisait partie de Cosette et Cosette était quelque chose qui faisait partie de Marius. Marius sentait Cosette vivre en lui. Avoir Cosette, posséder Cosette, cela pour lui n'était pas distinct de respirer. 

 

Victor Hugo - Les Misérables (extraits)

 

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Published by Clairedelune - dans Art et Culture
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commentaires

celibataire russe 25/02/2014 11:19


ces peintures sont magnifiques !

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