Lundi 1 avril 2013
1
01
/04
/Avr
/2013 22:33
Avril est un farceur : suspendu au fil de ses poissons, il balance entre hiver et printemps, entre ondées et éclaircies, entre froidure et douceur. Avril est l'indécis qui joue à
cache-cache derrière les nuages : "Coucou, coucou", lance-t-il en jetant des poignées de fleurs blanches entre deux arcs-en-ciel. On le sait bien : avec avril, la méfiance est de rigueur ! Alors
comme la belle jardinière d'Eugène Grasset, profitons des timides avancées du printemps pour faire quelques beaux bouquets et écoutons les chants des oiseaux qui, joyeux malgré la pluie, nous
invitent à leurs concerts ...
Fuyez, nuages, giboulées,
Grêle, brouillards, âpres gelées,
Vent boréal !
Fuyez ! La nature t'implore,
Tardive et languissante aurore
De floréal.
Avec un ciel bleu d'améthyste,
Avec le charme vague et triste
Des bois déserts,
Un rythme nouveau s'harmonise.
Doux rossignol, ta plainte exquise
Charme les airs !
Parfois, de sa voix la plus claire,
L'oiseau, dont le chant s'accélère,
Égrène un tril :
Dans ce vif éclat d'allégresse,
C'est vous qu'il rappelle et qu'il presse,
Beaux jours d'avril.
Déjà collines et vallées
Ont vu se fondre aux soleillées
Neige et glaçons ;
Et, quand midi flambe, il s'élève
Des senteurs de gomme et de sève
Dans les buissons.
Quel souffle a mis ces teintes douces
Aux pointes des frileuses pousses ?
Quel sylphe peint
De ce charmant vert véronèse
Les jeunes bourgeons du mélèze
Et du sapin ?
Sous les haleines réchauffées
Qui nous apportent ces bouffées
D'air moite et doux,
Il nous semble que tout renaisse.
On sent comme un flot de jeunesse
Couler en nous.
Tout était mort dans les futaies ;
Voici, tout à coup, plein les haies,
Plein les sillons,
Du soleil, des oiseaux, des brises,
Plein le ciel, plein les forêts grises,
Plein les vallons.
Ce n'est plus une voix timide
Qui prélude dans l'air humide,
Sous les taillis ;
C'est une aubade universelle ;
On dirait que l'azur ruisselle
De gazouillis.
Nérée Beauchemin : L'avril boréal (extrait)